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01/06/2012

Jeux d’influence : qui dirige réellement l’Europe ?

europe,influence,lobbiesA Bruxelles, deuxième capitale du lobbying après Washington, près de 15000 lobbyistes gravitent autour des institutions européennes et sont présents tout au long du processus décisionnel. Mais les relations qu’entretiennent les lobbyistes avec les décideurs politiques manquent de transparence. C’est ainsi que le film de Matthieu Lietaert, The Brussels Business s’interroge : qui dirige réellement l’Europe ?  

Le film évoque l’influence des grandes industries lors de la construction du Marché Unique. L’European Round Table of Industrialists (ERT), créée en 1983 et regroupant les cinquante plus grandes entreprises de l’UE aurait, en effet, influencé de façon non négligeable la création du Marché Unique, sous la présidence de Jacques Delors. Le Livre blanc précédant la rédaction de l’Acte unique de 1987 prévoyant la suppression, en sept ans, de toutes les entraves physiques, techniques et fiscales à la libre circulation dans l’espace de la Communauté aurait été fortement inspiré d’un rapport intitulé « Europe 90 » porté par Wille Dekker, alors patron de Philips et porte-drapeau de l’ERT. Ce lobby est l’un des plus puissants au sein de l’Union et est, encore aujourd’hui, toujours associé aux grandes décisions européennes en matière économique, financière, environnementales, sociale, etc.

The Brussels Business suit l’un des principaux lobbyistes de l’European Services Forum (coalition de 40 multinationales et 40 associations nationales dans le secteur des services), Pascal Kerneis. Au travers de son parcours, le film oppose les lobbies les plus puissants, qui influent directement sur les institutions européennes, aux associations qui travaillent à la promotion de la transparence. Mais ces lobbies ne sont pas les seuls à tenter d’influencer les décisions européennes, ce que tend parfois à oublier le film de Matthieu Lietaert. En effet, les ONG environnementales, les associations de consommateurs, les syndicats etc., sont également présents à Bruxelles pour défendre leurs intérêts, parfois aussi avec succès. On peut ainsi évoquer le rôle joué par les ONG environnementales lors du processus décisionnel européen pour une nouvelle réglementation des produits chimiques (Reach). Si ces ONG ne disposaient pas de ressources financières aussi importantes que les lobbies de l’industrie chimiques auxquels elles s’opposaient, le soutien dont elles ont bénéficié au sein de l’opinion publique et l’écho médiatique des campagnes de sensibilisation qu’elles ont mené, leur ont permis de se faire entendre des décideurs politiques, de s'imposer comme des interlocuteurs privilégiés et d’avoir une influence réelle sur le processus décisionnel.

Selon le réalisateur de The Brussels Business, « Les discussions entre le politique et le privé sont nécessaires. Ce qui est problématique, c’est le manque de règles ». En effet, à Bruxelles, il est difficile de savoir qui sont les lobbyistes, quelles sont leurs activités et quels montants exacts ils dépensent pour influencer les décideurs. Face à ce manque de régulation contraignante des lobbies, le commissaire lituanien en charge de la lutte contre la fraude, Siim Kallas, annonça en 2005 son intention d’encadrer plus étroitement une activité qui était jusqu’alors essentiellement autorégulée. Cela engendra un certain émoi dans la communauté du lobbying et les réticences pour plus de transparence se sont très vite fait sentir. Le commissaire a ainsi rencontré de nombreuses difficultés dans la mise en place d’un registre unique de la transparence ; près de trois ans lui auront été nécessaire pour imposer l’idée et il aura fallu trois années supplémentaires pour rendre le registre opérationnel.

Aujourd’hui, le registre public est ouvert depuis près d’un an, mais ne compte que 5000 entreprises inscrites et seulement 2000 lobbyistes y sont enregistrés de manière individuelle. Par ce registre, les lobbies doivent déclarer « sur l’honneur » le nombre de personnes et les montants affectés au lobbying, mais il ne faut pas être naïf, ces montants peuvent être biaisés. L’Alliance pour une réglementation de transparence et d’éthique en matière de lobbying (ALTER-EU) a ainsi mis en avant quelques curieuses déclarations : Business Europe, la très puissante confédération des entreprises européennes, avait au départ déclaré 550 000 euros par an pour son lobbying. Après avoir saisi la Commission et demandé à avoir accès à des documents, le montant déclaré a été modifié et multiplié par huit. Selon ALTER-EU, la transparence financière est une composante essentielle d’un lobbying éthique et le registre sera dénué de sens sans amélioration de la qualité et de la fiabilité des données. Les autorités doivent ainsi jouer un rôle proactif dans le suivi des données. La Commission européenne a affirmé qu’elle comptait sur la vigilance des médias, des ONG ou encore des citoyens pour dénicher les erreurs. Mais est-ce réellement le rôle des citoyens de surveiller l’honnêteté les lobbies ?

De l’autre coté de l’Atlantique, le Congrès américain a également décidé de réguler les lobbyistes. Mais le registre y est obligatoire et les lobbies doivent, tous les trois mois, donner des détails chiffrés sur leurs activités. En cas de non-respect, ils peuvent être sanctionnés par des amendes ou des peines de prison. On sait ainsi que, lors de la réforme du système de santé par Obama en 2010, un million de dollars était dépensé par jour pour tenter d’influencer les décisions.

Dès lors, la grande faiblesse du registre européen est surtout qu’il n’est pas contraignant.

Face à ce manque criant de transparence, il apparait nécessaire que l’Union européenne prenne des décisions afin d’améliorer cette situation floue et peu compatible avec un contexte démocratique…

Claire Corrion, Pour la Solidarité

11:00 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, influence, lobbies

04/07/2011

Indignez-vous !

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A l'origine du Mouvement des Indignés..., il y a Stéphane Hessel et son livre Indignez-vous. Ce résistant de 80 ans pour lequel « Le motif de base de la Résistance, c'était l'indignation » explique qu'il existe aujourd'hui encore des raisons de s'indigner : les inégalités sociales, l'état de l'environnement, le traitement fait aux sans-papiers, le diktat des marchés financiers, l'affaiblissement du modèle social européen,...

Le Mouvement des Indignés : quésako ?

Ce Manifeste a inspiré le Mouvement des Indignés, qui a fait ses premiers pas en Espagne lorsque les Indignados se sont installés le 15 mai sur la Puerta del Sol, une semaine avant les élections municipales et cantonales qui ont marqué la fin du second mandat du Premier ministre, José Luis Zapatero. Cette mobilisation s'est ensuite logiquement poursuivie en Grèce, en récession depuis 2009.

En effet, le Mouvement des Indignés est un mouvement de vague de contestations pacifiques « contre le système », dans un contexte de récession économique. Il n'est alors pas étonnant qu'il ait pris racine dans les pays d'Europe du Sud, particulièrement touchés par le chômage et l'endettement. Ses principaux acteurs sont les jeunes, déçus par les promesses d'une Europe censée encourager l'emploi et la croissance. En Espagne, le taux de chômage est de 20% et s'élève à 44,3% pour les moins de 25 ans. En Grèce, les taux sont similaires : près de 40% des 15-24 ans sont touchés par le chômage et les conditions de vie se sont fortement dégradées depuis la mise en place de mesures d'austérité visant à éviter la faillite de la Grèce : baisse des salaires (en 2010, les revenus des Grecs ont baissé de 10% et une nouvelle diminution de 5% est prévue pour 2011[1]), augmentation des prix (l'inflation a augmenté à 4,6% en 2011), coupes dans les services publics,...

Les Jeunes en ont marre et manifestent leur ras-le-bol !

Une Europe à bout de souffle démocratique ...

Le Mouvement des Indignés dénonce une Europe soumise au diktat du libéralisme économique tel qu'il est promu par des institutions internationales comme le FMI (Fonds Monétaire International). Seuls les intérêts des banquiers, des patrons et des politiciens seraient pris en compte, tandis que le peuple doit subir les conséquences désastreuses de la crise. Qui dit Diktat, dit absence de choix. Le vote perd donc tout son sens, puisqu'une seule ligne est tracée. Néanmoins les Indignés n'en appellent pas pour autant à l'abstention. Ils réclament des changements dans la manière de prendre des décisions et de faire de la politique.

Un nouveau type de mouvement

Le Mouvement des Indignés est atypique. Il s'approprie l'espace public via des campements, témoins d'une convivialité et d'une solidarité retrouvées. Chaque jour y sont organisées des assemblées, exemples de démocratie directe. Cette contestation est apolitique : c'est une initiative citoyenne qui s'insurge contre le système politique traditionnel, qui autorise les crises et les injustices. Qu'elle soit de gauche ou de droite, une minorité dirige la majorité, au détriment de cette dernière.

Le mouvement peut-il se dire européen ? Chaque contestation est le résultat de circonstances nationales particulières, mais aussi la conséquence d'un ras-le-bol général concernant la société actuelle. Cette volonté commune d'une démocratie réelle peut devenir le pilier central d'une contestation européenne, qui reste aujourd'hui cantonnée à quelques pays dans lesquels le malaise social est plus important. En France le mouvement n'est pas très suivi, car le climat social n'est pas aussi fragile : le taux de chômage s'élève à 9,2% et à 22,8% pour les moins de 25 ans.

Le mouvement a-t-il un avenir ? Le Mouvement des Indignés rencontre plusieurs obstacles à sa pérennisation.

Il réunit principalement des citadins de classe moyenne, au chômage ou craignant de l'être. Impulsé par les réseaux sociaux, il ne concerne par les classes populaires ou les populations les plus précaires. Se revendiquant apolitique, le mouvement n'est pas soutenu par des associations ou des syndicats, bien qu'en Grèce les organisations syndicales ont appelé à rejoindre les Indignés en juin 2011.

Les revendications du Mouvement s'inscrivent également dans deux grandes tendances. D'une part, la volonté de moraliser davantage la société par une plus juste répartition des richesses, le droit au travail,... D'autre part, le projet d'un changement radical de société autogérée, et dont le principe de base serait la démocratie directe. Il n'existe donc pas de consensus autour d'une seule et même revendication.

Actuellement, le Mouvement des Indignés s'essouffle... Néanmoins ces différentes contestations ont permis une prise de conscience au sein de la société européenne. Pour les hommes politiques, le malaise grandissant exige de prendre des mesures économiques et sociales pour le peuple, à un niveau national et européen. Les regroupements pacifiques ont également démontré aux citoyens européens que leur pouvoir de mobilisation est réel et que la solidarité est encore d'actualité en dépit d'une société de plus en plus individualiste.

Mylène Rousselle, Pour la Soldarité


[1] Selon la Banque de Grèce en Février 2011

14/06/2011

L’Europe et le nucléaire : une solution durable ?

par_nagadoudi_flickr.jpgAlors que l’Union Européenne s’est engagée dans une croissance intelligente, durable et inclusive ; certains débats montrent clairement les limites d’une telle volonté. En effet, depuis les séismes japonais et la catastrophe nucléaire qui s’en est suivie, l’industrie nucléaire n’a jamais été autant controversée depuis Tchernobyl.

Entre l’envie de sortir du nucléaire pour les uns et une volonté farouche de préserver une certaine indépendance énergétique (par rapport aux énergies fossiles) pour les autres, les avis devraient pouvoir au moins converger vers la création d’un Office européen pour la sécurité nucléaire.

En matière d’énergie nucléaire, les Etats membres ne devraient pas être pleinement souverains dans leurs décisions, car celles-ci ne reflètent pas la compétence d’un seul Etat, puisqu’un accident de ce genre aurait des conséquences sur l’ensemble de l’Europe. De plus, un organisme de contrôle européen serait moins soumis aux pressions politiques ou aux corruptions des multinationales de l’énergie qu’un équivalent national.

L’on pourrait alors se poser la question de la difficulté d’établir un consensus européen sur ce sujet. Paris et Londres soutiennent fermement les initiatives nationales alors que des pays comme la Suisse et l’Allemagne se sont engagés à sortir du nucléaire dans une vingtaine d’année. Mais lorsque l’on sait que la banane qui est commercialisée sur le territoire de l’UE doit au moins mesurer 14 cm de long et 27 mm d’épaisseurs pour remplir les normes de qualité de l’UE, alors que rien n’existe en termes de norme sur la sécurité nucléaire, il y a de quoi se poser quelques questions… Surtout que l’Europe bénéficie d’une expertise pertinente, créative et ambitieuse du point de vue du développement durable.

En effet, le recul du nucléaire profite à ceux qui souhaitent en sortir et se développer vers d’autres énergies dites renouvelables. Desertec par exemple, un consortium allemand, bénéficie de l’une des centrales solaires les plus modernes (implantée au Maroc). L’ambition de ce groupement est de réaliser des transferts de technologies et de compétences avec de nouvelles industries situées en Afrique du Nord et au Proche-Orient. L’objectif principal étant l’exploitation à très grande échelle de l’énergie solaire et éolienne dans les déserts d’Afrique du Nord pour fournir à ces pays, ainsi qu’au Vieux Continent, l’électricité dont ils ont besoin (avec un prix final inférieur au nucléaire).

Dans une autre mesure, d’autres pays, tel que la Suède, possèdent une expertise écologique indéniable. Elue « capitale verte » de l’Europe en 2010 pour son éco-quartier Hammarby Sjöstad – qui va atteindre d’ici peu son autosuffisance énergétique – Stockholm a également vu naître une industrie d’incinération des déchets tellement florissante (largement utilisée pour la production d’électricité et de chaleur) que les suédois s’enquiert les déchets de Naples à un prix de 90€ la tonne. Une aubaine pour les Napolitains qui croulent sous ces déchets devenus un véritable problème national.

Les divergences d’opinion sur certains sujets, comme le nucléaire et les énergies renouvelables, divisent les Etats membres et font encore un peu plus stagner la progression du développement durable, alors qu’il nous montre plus que jamais les opportunités de développement novatrices et compétitives.

Yoann Zaouche, Pour la Solidarité

10/06/2011

Hongrie : où est le débat démocratique ?

Alors que l’effervescence médiatique autours de l’adoption de la nouvelle constitution hongroise semble s’éteindre, Pour la Solidarité a invité András Török (directeur de la structure culturelle hongroise SummaArtium) et Nathalie Vandystadt (journaliste) à débattre de l’état de la démocratie et des libertés en Hongrie. Cette discussion a permis une remise en perspective nuancée des événements de ces derniers mois.

La transition de la Hongrie d’un système communiste vers une économie de marché avec intervention étatique a accouché d’un Etat providence prématuré, au fonctionnement bancal. L’établissement démocratique paraît inachevé, avec une classe moyenne relativement faible et des institutions encore trop dépendantes du contrôle politique.

Dans ce processus de démocratisation, 1997 est considéré comme une année noire... celle du lancement de la télévision commerciale. Auparavant, la télévision publique était peut être monopolistique mais à contenu hautement culturel. L’avenue de la culture de masse aurait alors créé une « renaissance prolétaire » d’un genre nouveau. « Corrompus » par une télévision simplifiant de plus en plus son contenu, les téléspectateurs semblent bientôt incapables (ou non-désireux) d’appréhender encore un problème complexe. Ce nivellement culturel aurait des répercussions directes sur la politique : s’adaptant à leur public, les hommes politiques choisissent de faire passer des messages courts et vulgarisés, évacuant toute la complexité des problèmes.

Parallèlement, les années 2006 à 2009 furent caractérisées par une gouvernance exécrable du pays, créant un terreau favorable à la contestation et nourrissant un désir de changement sur lequel a surfé aisément le parti de Viktor Orbán. Et force est de constater que le Fidesz ne souhaite pas améliorer ou reconstruire l’Etat hongrois actuel, il veut faire table rase du passé et construire une nouvelle Hongrie, basée sur un patriotisme fort, fière de son histoire et d’un sentiment de supériorité face à ses voisins slaves. Le patriotisme est, en effet, un élément quasi constitutif de l’identité hongroise, en grand besoin de reconnaissance de son histoire de grande nation. Mais le Fidesz semble opérer un certain glissement du patriotisme vers le nationalisme, fait navrant dans une région qui aurait bien besoin d’une plus grande unité. Il est cependant à préciser que ce parti, tout conservateur qu’il soit, n’est ni un parti d’extrême droite ni ne prône des théories racistes ou antisémites. Flattant à la fois l’égo des électeurs et leur désir de changement, la victoire du pari de Viktor Orbán n’est peut être pas si surprenante que cela.

Cependant, il semble aujourd’hui que le Fidesz utilise son pouvoir pour des changements bien différents à ceux auxquels certains avaient aspiré. L’adoption de la loi sur les médias n’était que les prémisses d’une démolition systématique du conseil constitutionnel démocratique et de la mise en place d’un système de valeur non inclusif par la nouvelle constitution, dont les nombreuses lois génériques encore à adopter cette année ne laissent rien présager de bon.

De plus, la caractéristique principale de l’attitude du Fidesz, est son évitement régulier de la mise en débat. En effet, pour bon nombre de hongrois, l’existence même de cette nouvelle constitution trop peu négociée est un paradoxe : une constitution, s’appliquant à tout citoyen, devrait par définition être adoptée de façon unanime. Pourtant, alors qu’il y a une grande tradition de référendums en Hongrie, aucun n’a été prévu pour cette constitution. Si l’on ne peut débattre de textes fondamentaux d'une société, de quoi peut-on encore débattre ?

Bien sûr, la Hongrie est loin d’être le seul pays européen qui mette à défi les valeurs démocratiques. Mais, l’Union européenne, dont la réaction manquait déjà de conviction, risque fort de vite oublier l’épisode de la constitution hongroise, moins parce qu’elle est juridiquement limitée dans ses actions, que parce qu’elle tend à ne traiter que des affaires qui la touche directement, notamment au nom de la sacro-sainte souveraineté nationale. Le respect des droits fondamentaux en Europe serait-il donc intégralement subordonné à ce principe ?

Céline Brandeleer, Pour la Solidarité

Démocratie et liberté en Hongrie.pdf

 

19/05/2011

L’Effet DSK

image002.jpgLa mise en détention de l’ancien directeur du Fonds Monétaire International entraîne avec lui des turbulences dans un mois de mai déjà bien chargé en actualités internationales.

Outre l’image des hommes de pouvoir, une nouvelle fois écorchée, c’est tout un monde qui se trouve plongé dans le doute suite à cette affaire.

Tout d’abord la France : cette redistribution imprévue des cartes sur l’échiquier politique a moralement affaibli le Parti Socialiste qui valse entre réserve et devoir d’unité. Les circonstances de la perte de leur « champion » ont dégradé la façade d’un parti qui doit désormais passer outre cet espoir brisé et se concentrer sur le rêve présidentiel de 2012.

L’absence de Dominique Strauss-Kahn s’est également faite ressentir lors de la réunion du 16 mai de l’Eurogroupe à Bruxelles. Nemat Shafik, remplaçant DSK lors de cette réunion, ne possède malheureusement ni les compétences, ni les relations de son prédécesseur pour faire émerger des consensus entre les Ministres des finances de la zone euro.

En effet, un désaccord semble émerger quant à la marche à suivre pour le plan de sauvetage de la Grèce, alors que le risque d’attaques spéculatives de la part des marchés augmente. Si le trio UE-FMI-BCE (la Banque Centrale Européenne qui voit d’ailleurs aussi son président sur le départ) ne s’accorde pas pour réunir les 60 milliards d’euros supplémentaires aux 110 milliards de l’an dernier, cela risque de conduire à une situation incontrôlable, dont les conséquences seront certainement néfastes pour la République hellénique, et pour l’Union Européenne dans son ensemble.

Outre son rôle déterminant dans l’élaboration d’un consensus européen sur le plan de sauvetage de la Grèce, l’ancien Ministre français de l’économie a également impulsé l’obtention d’accords internationaux, par exemple, sur la réforme du système monétaire international ou l’excès d’épargne/d’endettement. A cet égard, un « capitaine fédérateur » à l’image de DSK permettait de garder le cap en ces temps de turbulences. En effet, suite à la crise financière qui a ébranlé l’économie mondiale, la communauté internationale a plus que jamais besoin d’une nouvelle direction pour assurer une croissance « forte, équilibrée et durable ».

Or, la démission de DSK impacte l’organisation du FMI, qui s’enquiert désormais à lui trouver un successeur. La tâche s’annonce complexe car le numéro 2 actuel, John Lipsky, en plus de ne pas vouloir reconduire son mandat, ne fait pas l’unanimité au sein des Etats membres de l’institution. Des désaccords sur l’identité du successeur potentiel commencent déjà naître : tandis que les Européens souhaitent conserver l’un des leurs à la tête de l’institution, les pays en développement estiment également être capables de diriger l’une des plus imposantes structures internationales, sans compter les voix s’élevant pour la nomination d’une femme au sommet, dans une optique de diversité.

DSK avait réussi à redorer le blason du FMI, en le rendant bénéficiaire (chose qui n’allait pas de soit lorsqu’il en a hérité), et défendait des orientations chères aux pays défavorisés. Son successeur en fera-t-il de même ? La réponse doit être positive, au risque de perdre ce fragile consensus mondial qui doit faire avancer les 187 Etats membres du FMI dans la même direction.

Yoann Zaouche, Pour la Solidarité


 

11:11 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe