Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/09/2011

Des écoles gérées par les parents au Royaume-Uni : petite révolution ou initiatives condamnées à l’échec?

LigneMotsPhrase.jpgMercredi, 7 septembre 2011, une des premières « écoles libres »  ou « Free School » ouvre ses portesà Londres, 24 autres suivront encore cette année dans tout le pays.  Ecole libre, mais de quoi parle-t-on?  

Il s’agit d’une école qui – pour le cas du Royaume Uni – n’est ni publique (state school), ni privée (public school), ni confessionnelle, mais subventionnée par l’Etat et gérée par un comité… de parents d’élèves! Ce sont eux qui décident du programme scolaire, de la taille des classes ou de qui intègrera l’école. Mais pourquoi ces parents investissent-ils tant de temps et d’efforts – entre 30 et 60 heures par semaine, soit un deuxième emploi à plein temps – dans la création d’une nouvelle forme d’éducation alors que le pays propose déjà plusieurs types différents ?

Le fait est que les écoles publiques font depuis longtemps l’objet de critiques : le manque de moyens et de personnel dans certaines régions ne permet pas d’apporter un encadrement adapté aux élèves. De plus, les parents sont tenus d'inscrire leur enfant dans l’école publique la plus proche de leur domicile. Dans ces conditions, les parents qui désirent un meilleur encadrement pour leur enfant choisissent une école privée. Or, ce type d’écoles n’est pas accessible à tous, les écoles privées restant réservées aux plus aisés. Par ailleurs, beaucoup de parents ne souhaitent pas que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux. Que faire alors quand l’Etat et le marché échouent à mettre en place un système éducatif répondant aux besoins d’un groupe croissant depuis des années ?

Des parents et des enseignants engagés formulent une réponse en mettant en place des écoles accessibles à tous, gratuitement, avec de petites classes et un programme scolaire adapté. Révolutionnaire, certes, mais révolution douteuse selon certains : ces écoles seraient des enclaves de la classe moyenne éduquée et non un nouveau système scolaire accessible à tous comme le revendiquent ses défenseurs. Elles aggraveraient la situation des écoles publiques en diminuant la mixité sociale et  diminuant leurs moyens, qui seront en partie réaffectés aux écoles libres. Enfin, est-ce que des amateurs en matière d’éducation peuvent vraiment savoir ce qui est le mieux pour les enfants, quel programme scolaire mettre en place et quels enseignants choisir ?  

Les fondateurs restent confiants en dépit des critiques. Si les élèves qui fréquentent les premières écoles libres ne sont pas encore représentatifs de la population locale, ce n’est pas dû au procédé de sélection : 50% des candidatures sont retenues en raison de la proximité du domicile et 50% par tirage au sort. Par ailleurs, le fait que les moyens alloués aux écoles libres seront amputés aux écoles publiques est contesté : selon les fondateurs, si ces nouvelles écoles sont inaugurées, c’est qu’il en manque. Quant à l’aspect « amateuriste » du projet – là encore, ce n’est pas tout à fait vrai : les parents ont collaboré avec d’autres instituts d’éducation, ont reçu l’aide et le soutien d’enseignants et surtout, ils ne sont pas partis de rien : le modèle des écoles libres existe déjà depuis longtemps dans d’autres pays européens, comme la Suède ou l’Allemagne. S’il faudra encore attendre au moins cinq ans pour juger des résultats au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne, ce système a déjà beaucoup de succès et n’est en rien inférieur au système dit traditionnel. Preuve que l’engagement citoyen paye et constitue clairement une alternative à des politiques parfois trop étriquées.

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

Pour plus d’informations sur les écoles libres  au Royaume Uni, regardez la vidéo de promotion sur You Tube

Pour plus d’informations sur les écoles libres en Allemagne et en Suède : http://newschoolsnetwork.org/international-examples/swedi...

http://www.eudec.org/

14:00 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

05/08/2011

Un an après le discours de Grenoble, la situation des Roms en France est alarmante

4008246815_37f24507e8_z.jpgLe 30 juillet 2010 dans son discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy a fait du démantèlement des campements de Roms une priorité nationale. La circulaire du ministre de l’Intérieur, traduction juridique du discours, a entraîné la colère de l’Union et les critiques de la communauté internationale. En effet, la Commission européenne a menacé la France d’une procédure d’infraction, pour mauvaise transposition de la directive européenne 2004/38/EC, qui codifie la liberté de circulation et de séjour dans l’Union, et pour son application discriminatoire. La circulaire était effectivement dirigée explicitement vers les Roms. En outre, la politique d’expulsion des Roms va à l’encontre de la liberté fondamentale de circulation et de séjour des citoyens européens à l’intérieur de l’UE. Les Roms migrants en France viennent majoritairement de Roumanie (90%), ils sont donc des citoyens de l’UE depuis 2007 et bénéficient de la liberté de circulation et de séjour, avec des mesures de restriction transitoires. Face à la menace de Bruxelles, la France a changé les termes de la circulaire, mais les expulsions continuent et un renforcement est prévu pour cet été ...

Le gouvernement se targue, en effet, de 9000 expulsions et du démantèlement de ¾ des campements Roms. Néanmoins, les associations affirment que le nombre de Roms sur le territoire reste stable, à hauteur de 15 000, puisqu’ils reviennent rapidement, fuyant leurs conditions de vie en Roumanie. La politique d’expulsion n’a fait qu’aggraver la précarité des Roms en France.

Un an après cette polémique, Médecins du Monde dresse un bilan alarmant de la situation, dans son rapport du 26 juillet 2011. Les Roms vivent à la périphérie des villes françaises dans des bidonvilles ou des squats, dans des caravanes délabrées ou dans des cabanes faites de matériaux récupérés. Les conditions sanitaires y sont déplorables : pas d’eau potable, de ramassage des ordures, ni de toilettes,... Les risques épidémiques sont très élevés mais aussi les risques liés directement aux conditions d’habitat (incendie, risque d’effondrement, intoxication au plomb,…). La précarité des Roms s’aggrave avec les expulsions répétées : perte des documents officiels et des effets personnels due au changement de lieux de vie dans l’urgence, insalubrité, surpopulation, destruction des campements,… Les Roms vivent dans la peur constante d’une expulsion et sont souvent victimes de pressions ou d’intimidations policières. Les indicateurs de santé sont loin d’être bons et cela serait directement lié à la politique d’expulsion, selon Médecins du Monde. Les droits des Roms en termes de santé sont restreints, d’autant que l’Aide Médicale d’Etat est devenue payante en 2010, freinant encore plus leur accès aux soins.

Le collectif Romeurope ajoute qu’aucune intégration n’est possible sans une ouverture du marché du travail, mais également sans la scolarisation des enfants, le travail social, le suivi des soins,... Voilà tout le paradoxe de cette politique d’expulsion qui entraîne des conséquences humaines déplorables et un coût financier non négligeable, alors que les Roms reviennent sur le territoire puisqu’ils peuvent circuler librement.

La Commission européenne a adopté en avril 2011 un cadre européen pour l’intégration des Roms basé sur quatre piliers fondamentaux : l’éducation, l’emploi, la santé et le logement. Les Etats doivent présenter une « stratégie nationale d’intégration des Roms » d’ici la fin de l’année. Reste à voir ce que la France proposera pour l’intégration des Roms migrants …

Marine Hurard, Pour la Solidarité

Pour en savoir plus…

Rapport de Médecins du Monde « Parias, les Roms en France » (juillet 2011)

Rapport du collectif Romeurope sur la situation des Roms migrants en France (2009-2010) 

16:43 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

04/07/2011

Indignez-vous !

5849770737_f6a8ca32a3_b.jpg

A l'origine du Mouvement des Indignés..., il y a Stéphane Hessel et son livre Indignez-vous. Ce résistant de 80 ans pour lequel « Le motif de base de la Résistance, c'était l'indignation » explique qu'il existe aujourd'hui encore des raisons de s'indigner : les inégalités sociales, l'état de l'environnement, le traitement fait aux sans-papiers, le diktat des marchés financiers, l'affaiblissement du modèle social européen,...

Le Mouvement des Indignés : quésako ?

Ce Manifeste a inspiré le Mouvement des Indignés, qui a fait ses premiers pas en Espagne lorsque les Indignados se sont installés le 15 mai sur la Puerta del Sol, une semaine avant les élections municipales et cantonales qui ont marqué la fin du second mandat du Premier ministre, José Luis Zapatero. Cette mobilisation s'est ensuite logiquement poursuivie en Grèce, en récession depuis 2009.

En effet, le Mouvement des Indignés est un mouvement de vague de contestations pacifiques « contre le système », dans un contexte de récession économique. Il n'est alors pas étonnant qu'il ait pris racine dans les pays d'Europe du Sud, particulièrement touchés par le chômage et l'endettement. Ses principaux acteurs sont les jeunes, déçus par les promesses d'une Europe censée encourager l'emploi et la croissance. En Espagne, le taux de chômage est de 20% et s'élève à 44,3% pour les moins de 25 ans. En Grèce, les taux sont similaires : près de 40% des 15-24 ans sont touchés par le chômage et les conditions de vie se sont fortement dégradées depuis la mise en place de mesures d'austérité visant à éviter la faillite de la Grèce : baisse des salaires (en 2010, les revenus des Grecs ont baissé de 10% et une nouvelle diminution de 5% est prévue pour 2011[1]), augmentation des prix (l'inflation a augmenté à 4,6% en 2011), coupes dans les services publics,...

Les Jeunes en ont marre et manifestent leur ras-le-bol !

Une Europe à bout de souffle démocratique ...

Le Mouvement des Indignés dénonce une Europe soumise au diktat du libéralisme économique tel qu'il est promu par des institutions internationales comme le FMI (Fonds Monétaire International). Seuls les intérêts des banquiers, des patrons et des politiciens seraient pris en compte, tandis que le peuple doit subir les conséquences désastreuses de la crise. Qui dit Diktat, dit absence de choix. Le vote perd donc tout son sens, puisqu'une seule ligne est tracée. Néanmoins les Indignés n'en appellent pas pour autant à l'abstention. Ils réclament des changements dans la manière de prendre des décisions et de faire de la politique.

Un nouveau type de mouvement

Le Mouvement des Indignés est atypique. Il s'approprie l'espace public via des campements, témoins d'une convivialité et d'une solidarité retrouvées. Chaque jour y sont organisées des assemblées, exemples de démocratie directe. Cette contestation est apolitique : c'est une initiative citoyenne qui s'insurge contre le système politique traditionnel, qui autorise les crises et les injustices. Qu'elle soit de gauche ou de droite, une minorité dirige la majorité, au détriment de cette dernière.

Le mouvement peut-il se dire européen ? Chaque contestation est le résultat de circonstances nationales particulières, mais aussi la conséquence d'un ras-le-bol général concernant la société actuelle. Cette volonté commune d'une démocratie réelle peut devenir le pilier central d'une contestation européenne, qui reste aujourd'hui cantonnée à quelques pays dans lesquels le malaise social est plus important. En France le mouvement n'est pas très suivi, car le climat social n'est pas aussi fragile : le taux de chômage s'élève à 9,2% et à 22,8% pour les moins de 25 ans.

Le mouvement a-t-il un avenir ? Le Mouvement des Indignés rencontre plusieurs obstacles à sa pérennisation.

Il réunit principalement des citadins de classe moyenne, au chômage ou craignant de l'être. Impulsé par les réseaux sociaux, il ne concerne par les classes populaires ou les populations les plus précaires. Se revendiquant apolitique, le mouvement n'est pas soutenu par des associations ou des syndicats, bien qu'en Grèce les organisations syndicales ont appelé à rejoindre les Indignés en juin 2011.

Les revendications du Mouvement s'inscrivent également dans deux grandes tendances. D'une part, la volonté de moraliser davantage la société par une plus juste répartition des richesses, le droit au travail,... D'autre part, le projet d'un changement radical de société autogérée, et dont le principe de base serait la démocratie directe. Il n'existe donc pas de consensus autour d'une seule et même revendication.

Actuellement, le Mouvement des Indignés s'essouffle... Néanmoins ces différentes contestations ont permis une prise de conscience au sein de la société européenne. Pour les hommes politiques, le malaise grandissant exige de prendre des mesures économiques et sociales pour le peuple, à un niveau national et européen. Les regroupements pacifiques ont également démontré aux citoyens européens que leur pouvoir de mobilisation est réel et que la solidarité est encore d'actualité en dépit d'une société de plus en plus individualiste.

Mylène Rousselle, Pour la Soldarité


[1] Selon la Banque de Grèce en Février 2011

14/06/2011

L’Europe et le nucléaire : une solution durable ?

par_nagadoudi_flickr.jpgAlors que l’Union Européenne s’est engagée dans une croissance intelligente, durable et inclusive ; certains débats montrent clairement les limites d’une telle volonté. En effet, depuis les séismes japonais et la catastrophe nucléaire qui s’en est suivie, l’industrie nucléaire n’a jamais été autant controversée depuis Tchernobyl.

Entre l’envie de sortir du nucléaire pour les uns et une volonté farouche de préserver une certaine indépendance énergétique (par rapport aux énergies fossiles) pour les autres, les avis devraient pouvoir au moins converger vers la création d’un Office européen pour la sécurité nucléaire.

En matière d’énergie nucléaire, les Etats membres ne devraient pas être pleinement souverains dans leurs décisions, car celles-ci ne reflètent pas la compétence d’un seul Etat, puisqu’un accident de ce genre aurait des conséquences sur l’ensemble de l’Europe. De plus, un organisme de contrôle européen serait moins soumis aux pressions politiques ou aux corruptions des multinationales de l’énergie qu’un équivalent national.

L’on pourrait alors se poser la question de la difficulté d’établir un consensus européen sur ce sujet. Paris et Londres soutiennent fermement les initiatives nationales alors que des pays comme la Suisse et l’Allemagne se sont engagés à sortir du nucléaire dans une vingtaine d’année. Mais lorsque l’on sait que la banane qui est commercialisée sur le territoire de l’UE doit au moins mesurer 14 cm de long et 27 mm d’épaisseurs pour remplir les normes de qualité de l’UE, alors que rien n’existe en termes de norme sur la sécurité nucléaire, il y a de quoi se poser quelques questions… Surtout que l’Europe bénéficie d’une expertise pertinente, créative et ambitieuse du point de vue du développement durable.

En effet, le recul du nucléaire profite à ceux qui souhaitent en sortir et se développer vers d’autres énergies dites renouvelables. Desertec par exemple, un consortium allemand, bénéficie de l’une des centrales solaires les plus modernes (implantée au Maroc). L’ambition de ce groupement est de réaliser des transferts de technologies et de compétences avec de nouvelles industries situées en Afrique du Nord et au Proche-Orient. L’objectif principal étant l’exploitation à très grande échelle de l’énergie solaire et éolienne dans les déserts d’Afrique du Nord pour fournir à ces pays, ainsi qu’au Vieux Continent, l’électricité dont ils ont besoin (avec un prix final inférieur au nucléaire).

Dans une autre mesure, d’autres pays, tel que la Suède, possèdent une expertise écologique indéniable. Elue « capitale verte » de l’Europe en 2010 pour son éco-quartier Hammarby Sjöstad – qui va atteindre d’ici peu son autosuffisance énergétique – Stockholm a également vu naître une industrie d’incinération des déchets tellement florissante (largement utilisée pour la production d’électricité et de chaleur) que les suédois s’enquiert les déchets de Naples à un prix de 90€ la tonne. Une aubaine pour les Napolitains qui croulent sous ces déchets devenus un véritable problème national.

Les divergences d’opinion sur certains sujets, comme le nucléaire et les énergies renouvelables, divisent les Etats membres et font encore un peu plus stagner la progression du développement durable, alors qu’il nous montre plus que jamais les opportunités de développement novatrices et compétitives.

Yoann Zaouche, Pour la Solidarité

10/06/2011

Hongrie : où est le débat démocratique ?

Alors que l’effervescence médiatique autours de l’adoption de la nouvelle constitution hongroise semble s’éteindre, Pour la Solidarité a invité András Török (directeur de la structure culturelle hongroise SummaArtium) et Nathalie Vandystadt (journaliste) à débattre de l’état de la démocratie et des libertés en Hongrie. Cette discussion a permis une remise en perspective nuancée des événements de ces derniers mois.

La transition de la Hongrie d’un système communiste vers une économie de marché avec intervention étatique a accouché d’un Etat providence prématuré, au fonctionnement bancal. L’établissement démocratique paraît inachevé, avec une classe moyenne relativement faible et des institutions encore trop dépendantes du contrôle politique.

Dans ce processus de démocratisation, 1997 est considéré comme une année noire... celle du lancement de la télévision commerciale. Auparavant, la télévision publique était peut être monopolistique mais à contenu hautement culturel. L’avenue de la culture de masse aurait alors créé une « renaissance prolétaire » d’un genre nouveau. « Corrompus » par une télévision simplifiant de plus en plus son contenu, les téléspectateurs semblent bientôt incapables (ou non-désireux) d’appréhender encore un problème complexe. Ce nivellement culturel aurait des répercussions directes sur la politique : s’adaptant à leur public, les hommes politiques choisissent de faire passer des messages courts et vulgarisés, évacuant toute la complexité des problèmes.

Parallèlement, les années 2006 à 2009 furent caractérisées par une gouvernance exécrable du pays, créant un terreau favorable à la contestation et nourrissant un désir de changement sur lequel a surfé aisément le parti de Viktor Orbán. Et force est de constater que le Fidesz ne souhaite pas améliorer ou reconstruire l’Etat hongrois actuel, il veut faire table rase du passé et construire une nouvelle Hongrie, basée sur un patriotisme fort, fière de son histoire et d’un sentiment de supériorité face à ses voisins slaves. Le patriotisme est, en effet, un élément quasi constitutif de l’identité hongroise, en grand besoin de reconnaissance de son histoire de grande nation. Mais le Fidesz semble opérer un certain glissement du patriotisme vers le nationalisme, fait navrant dans une région qui aurait bien besoin d’une plus grande unité. Il est cependant à préciser que ce parti, tout conservateur qu’il soit, n’est ni un parti d’extrême droite ni ne prône des théories racistes ou antisémites. Flattant à la fois l’égo des électeurs et leur désir de changement, la victoire du pari de Viktor Orbán n’est peut être pas si surprenante que cela.

Cependant, il semble aujourd’hui que le Fidesz utilise son pouvoir pour des changements bien différents à ceux auxquels certains avaient aspiré. L’adoption de la loi sur les médias n’était que les prémisses d’une démolition systématique du conseil constitutionnel démocratique et de la mise en place d’un système de valeur non inclusif par la nouvelle constitution, dont les nombreuses lois génériques encore à adopter cette année ne laissent rien présager de bon.

De plus, la caractéristique principale de l’attitude du Fidesz, est son évitement régulier de la mise en débat. En effet, pour bon nombre de hongrois, l’existence même de cette nouvelle constitution trop peu négociée est un paradoxe : une constitution, s’appliquant à tout citoyen, devrait par définition être adoptée de façon unanime. Pourtant, alors qu’il y a une grande tradition de référendums en Hongrie, aucun n’a été prévu pour cette constitution. Si l’on ne peut débattre de textes fondamentaux d'une société, de quoi peut-on encore débattre ?

Bien sûr, la Hongrie est loin d’être le seul pays européen qui mette à défi les valeurs démocratiques. Mais, l’Union européenne, dont la réaction manquait déjà de conviction, risque fort de vite oublier l’épisode de la constitution hongroise, moins parce qu’elle est juridiquement limitée dans ses actions, que parce qu’elle tend à ne traiter que des affaires qui la touche directement, notamment au nom de la sacro-sainte souveraineté nationale. Le respect des droits fondamentaux en Europe serait-il donc intégralement subordonné à ce principe ?

Céline Brandeleer, Pour la Solidarité

Démocratie et liberté en Hongrie.pdf