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30/11/2011

Interview Project – des bribes d’humanité dans un monde parfois trop anonyme

C’est en 2009 que le réalisateur américain David Lynch a initié son projet « interview ». En 70 jours ses collaborateurs ont voyagé à travers les Etats-Unis pour rencontrer des inconnus, les interviewer, leur faire partager leur histoire et ainsi donner un aperçu global des habitants du pays, tout en se perdant dans une multitude de détails individuels. Les interviews sont publiées en ligne, au fil des rencontres. Un projet inhabituel avec des protagonistes aussi authentiques que touchants.

Depuis peu, David Lynch a décidé d’embarquer son projet vers le vieux continent. En Allemagne, 50 personnes ont été interviewées. En toute simplicité, elles parlent de leur joie de vivre, d’échecs et de réussites, de désirs, de l’amour, voire de leurs convictions philosophiques ou religieuses.

En quoi ce projet est-il tellement remarquable ? Parce que, même si ce n’est peut-être pas l’intention initiale du créateur, ces interviews donnent un repère, un visage et un vécu humain, dans le grand anonymat qu’est Internet et qu’est devenue notre société moderne. Simplement et en toute honnêteté, ces interviews reflètent notre société et révèlent les défis  quotidiens auxquels font face les différentes personne. Il y a là Maik qui se retrouve en chaise roulante après une crise d’apoplexie. Sans emploi, sans famille, il se sent délaissé par les autorités publiques et admet avoir perdu une grande partie de sa joie de vivre. Ou Jakob, un homme âgé qui a grandi en campagne dans une famille nombreuse. Depuis la mort de sa femme qu’il a soigné à la maison jusqu’à son décès, il se sent très seul. Deux vécus qui touchent profondément alors que ces personnes sont de parfaits inconnus.

Quelles leçons en tirer sur l’anonymat de notre société hyper-connectée ? Est-elle réellement si anonyme ? Ce projet, rapporté à un niveau européen, ne pourrait-il pas promouvoir la solidarité en Europe ? Même accroitre le sentiment d’appartenance, de citoyenneté européenne tant recherché ? Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’histoires empreintes d’humanité. D’histoires qui, dans leur quintessence, sont vécues ainsi partout sur terre. Des histoires qui font réfléchir aussi. Tout simplement, des histoires qui rapprochent.

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

Cliquez ici pour visionner les vidéos « Interview project »

17/10/2011

L’avenir du partenariat Europe-Ukraine se jouera-t-il en justice ?

4422689410_a306fdee77_m.jpgLa signature d’un accord d’association avec l’Ukraine est prévue pour fin 2011. Les négociations ayant commencé en 2008, l’Ukraine semblait être une valeur sûre et tout particulièrement après les affirmations du Président Ianoukovitch, selon lesquelles l'avenir du pays se construirait avec l’Europe. De plus, le pays s’était empressé de souligner qu’il ne ferait pas partie d’une « Union Eurasienne », telle qu’évoquée par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, la semaine passée.

Cependant, depuis mardi dernier les relations sont plus tendues. Le jugement contre Iulia Timochenko a remis en cause les accords précédents. Déclarée coupable d’abus de pouvoir, l’ancienne Premier ministre ukrainienne a été condamnée  à 7 ans de prison. Ce jugement a engendré de fortes critiques en Europe, notamment de la part de la Haute Représentante pour les Affaires Etrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, qui estime que le procès n’était que justice sélective. Pour cause en effet, l’on peut partir du principe que Ianoukovitch a surtout cherché à éloigner sa rivale de longue date, dans un procès qui – bien que conforme aux lois nationales – n’était marqué ni par la transparence ni par l’impartialité. Pourtant, malgré de fortes critiques, une ligne commune dans les politiques européennes manque à  nouveau, pour plusieurs raisons.

Si le personnage de Iulia Timochenko peut être contesté à plusieurs niveaux, personnes d’oserait critiquer ses efforts pour un rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne. Cependant, l’Union hésite à renforcer ses liens avec un pays qui semble glisser lentement vers la dictature et où la justice est politisée voire partiale. Un tel rapprochement minerait, en effet, les valeurs que représente l’Union, dont les plus emblématiques sont justement la démocratie et le respect des Droits humains. Mais l’Union peut-elle réellement se permettre de sanctionner ce partenaire et de ne plus poursuivre les négociations sur l’accord l’association... au risque de le perdre et d’éventuellement le voir se rapprocher de la Russie ?

Une réconciliation qui ne ferait perdre la face  à personne et éviterait l’affrontement parait uniquement possible si l’appel de Timochenko trouve une autre issue que le jugement initial. Sujet qui ne sera certainement pas un tabou entre le Président de la commission, José Manuel Barroso, et le Président ukrainien, lors de sa visite à Bruxelles prévue pour le 20 octobre. 

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

12:16 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

Une Union européenne à géométrie variable?

3296189440_f172eeee62.jpgAprès la présentation du dossier de l’état de la lutte contre la corruption et la criminalité organisée en juin dernier, la Bulgarie et la Roumanie avaient des espérances justifiées de finalement adhérer à l’espace Schengen. Car, si ces pays sont membres de l’Union Européenne depuis janvier 2007, leur adhésion à l’espace Schengen est continuellement reportée par les autres Etats membres. Suite à une situation judiciaire instable dans ces deux pays, certains Etats européens craignent une « importation » de la criminalité.

Le mécanisme de coopération et de vérification mis en place par l’UE pour analyser les progrès fait par les deux pays dans la réforme de leur système judiciaire, la lutte contre la criminalité organisée et la corruption aurait maintenant, trois mois plus tard, favorisé une adhésion car aucun danger réel qu’engendrerait une ouverture des frontières n’a pu être démontré, affirment les diplomates. Pourtant, déjà avant la réunion des ministres de l’intérieur le 22 septembre, qui devaient voter l’adhésion à unanimité, les Pays-Bas ont fait savoir qu’ils ne donneraient pas leur accord. Le compromis suivant proposé par la présidence polonaise – prévoyant une ouverture des frontières en deux temps, soit d’abord l’ouverture des voies aériennes et maritimes et, en un deuxième temps, les voies terrestres – n’a pas non plus pu gagner le consentement nécessaire.

Ce nouveau rejet provoque la frustration de la Roumanie et de la Bulgarie. Bien que la Roumanie confirme qu’il n’y ait pas de rapport avec la question d’adhésion, il est difficile de croire qu’il n’y ait pas de relation avec le blocage à la frontière roumaine de plusieurs camions néerlandais chargés de tulipes, suite à une contamination d’une « bactérie » non-spécifiée. Et la Bulgarie s’arme comme elle peut, en expliquant que suite à un tel traitement, le pays devra réfléchir s’il donnera son accord à la reforme de Schengen avancée par l’Italie et la France.

La présidence polonaise reproche vivement le manque de solidarité et de volonté évident d’avancer ensemble en tant qu’Union. Effectivement, les Etats membres préfèrent s’emparer des courants eurosceptiques au sein de leur pays – du moins jusqu’aux prochaines élections, pour la France en mai 2012, par exemple. Il reste donc à voir alors si le prochain sommet européen cet octobre mènera à une intégration de la Roumanie et de la Bulgarie dans la zone Schengen ou si les intérêts nationaux primeront à nouveau sur la solidarité européenne. 

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

11:23 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

30/09/2011

Quel avenir pour l’Europe ?

4594647621_756bfdb854_b.jpgPresque deux années après la frénésie qui suivit l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, l’Union est à nouveau plongée dans une crise profonde.  Quelles solutions à la crise de la dette ? Est-ce la fin de l’Euro ? Le projet européen est-il en péril ? Tant de questions qui font la Une de nombreux articles aux quatre coins de l’Europe...

Pourtant, des phénomènes similaires se sont déjà produits auparavant : c’est bien connu, après avoir lancé le projet européen après la Deuxième Guerre Mondiale pour garantir la paix sur le continent, l’Union européenne s’est progressivement construite sur fond de crises. Bien entendu, la crise économique et financière actuelle est subordonnée à des logiques que l’Union européenne ne peut contrôler seule (spéculateurs, agences de notation, etc.) et son ampleur est sans précédent.

Alors que le Traité de Lisbonne était perçu comme une révolution, tant au niveau institutionnel qu’au niveau des compétences de l’Union, il est très clair aujourd’hui que ces avancées ne suffisent pas pour faire face à la crise qui saisit l’Eurozone et la crise de confiance majeure qui l’accompagne. La création de deux nouveaux postes (Président permanent du Conseil européen et Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité) n’a pas eu jusqu’à présent les effets escomptés. L’UE, au grand dam d’Henry Kissinger, ne parle toujours pas d’une seule voix... qui serait pourtant utile pour coordonner les réponses à la crise actuelle.

Dans ce contexte, les espoirs de voir un jour un Président unique pour la Commission européenne et le Conseil européen se multiplient. Et il faut admettre que l’idée n’est ni stupide, ni impossible car le Traité de Lisbonne n’interdit pas formellement une telle possibilité (en fonction de l’interprétation qu’on lui donne).

Même si Herman Van Rompuy a mené à bien les tâches qui lui ont été assignées, il est évident qu’aujourd’hui plus que jamais, les orientations de l’Union sont subordonnées aux volontés souvent égoïstes des Etats membres (le débat sur le cadre financier pluriannuel ou sur l’adhésion de la Bulgarie et la Roumanie dans l’Espace Schengen en sont un bon exemple), portées par l’institutionnalisation du Conseil européen. Ce phénomène a eu pour conséquence directe un effet d’emballement caractérisé par une montée plus systématique de certaines problématiques européennes au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, réduisant à néant les ambitions du Parlement européen qui avait vu ses pouvoirs s’accroître considérablement.

La crise financière et économique actuelle présage une nouvelle révision des Traités, qui serait une opportunité à saisir pour faire le pas en avant nécessaire vers une Europe plus fédérale, sans doute la seule solution pour contrer ce genre de crises à l’avenir.

Fanny Cools, Pour la Solidarité

14:50 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

29/09/2011

La taxe sur les transactions financières : bientôt une réalité européenne ?

4111211837_a3a6f7e255_b.jpgUn vent d’espoir et de justice souffle sur le Vieux Continent avec la possibilité d’application de l’idée du prix Nobel d’économie James Tobin qui, dans les années 70, voulait instaurer une taxe sur les transactions financières.

C’est désormais la Commission européenne qui est aux avant-postes sur ce sujet en adoptant ce mercredi une proposition de taxe sur les transactions financières.

Annoncé par son président, José Manuel Barroso, cette taxe appliquée à l’Union Européenne permettrait de rapporter 55 milliards d’euros (minimum) annuellement. Cette contribution du secteur financier permettrait, enfin, de légitimer les aides et autres garanties qu’il a perçu jusqu’à présent (pas moins de 4 500 milliards d’euros sur les trois dernières années) pour sortir de la crise.

Un autre effet attendu de cette taxe est de décourager les transactions risquées. Allant de 0.1% sur les actions et obligations jusqu’à 0.01%  sur les autres produits financiers (portant principalement sur les dérivés et produits structurés), les institutions financières (Bourses, banques, etc.) seraient chargées de récolter les fonds dégagés par cette taxe.

Applicable aux institutions européennes, mais également à celles possédant une autorisation d’agir sur les marchés européens, une moitié de cette somme serait destinée à alimenter le budget de l’Union européenne, tandis que l’autre partie serait réservée aux Etats membres.

Et maintenant ?

Malgré cette victoire pour ceux qui défendaient l’idée d’une telle taxe, comme notamment les députés Verts au Parlement européen[1], une autre étape est primordiale : l’acceptation par les Etats membres.

Comme le dirait le député Vert Pascal Canfin, au cours d’une interview au Nouvel Observateur, « la balle est désormais dans le camp des Etats ». Notamment sur les questions fiscales où un accord à l’unanimité est requis. Tout le monde ne prend cependant pas avec enthousiasme l’arrivée d’une telle taxe.

En ligne de mire, les britanniques qui, au travers de la City, apparaissent comme les opposants principaux à cette taxe. Mais rien n’est garanti car l’opposition politique au gouvernement de David Cameron, couplée avec une opinion publique sous austérité par le sauvetage des banques, peut augmenter la pression et faire changer les choses.

Le couple franco-allemand, ainsi que le président de la Commission, doivent pouvoir convaincre les anglais – non pas qu’un veto empêcherait l’application de cette taxe prévue pour 2014 (car en cas de refus cette proposition pourrait être adoptée uniquement dans la zone euro), mais l’apogée de cette taxe sur les transactions financières se trouve au niveau mondial. Et Sarkozy, actuellement président du G20, pourrait parler au nom des 27 pays de l’Union européenne, et pas seulement des 17 de la Zone Euro, lors du prochain somment à Cannes, en Novembre, pour tenter de convaincre, entre autres,  ses homologues chinois et américains.

Yoann Zaouche, Pour la Solidarité



[1] Pour une politique fiscale européenne, Le temps des choix et des responsabilités, par Pascal Canfin, Sven Giegold, Eva Joly, Philippe Lamberts, députés Verts au Parlement européen, juillet 2011, disponible sur http://europeecologie.eu/Pour-une-politique-fiscale

14:13 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)