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04/04/2012

L’initiative citoyenne est arrivée !

sticker_fr.pngDepuis dimanche 1er Avril minuit, l’initiative citoyenne européenne (ICE) est lancée avec la création du site internet permettant de recueillir les initiatives et propositions citoyennes.

 

Prévu par le traité de Lisbonne[i], l’entrée en vigueur de ce nouvel outil a été repoussée pour laisser le temps aux Etats membres de se préparer. Aujourd’hui, c’est officiel, un million de citoyens européens provenant d’au moins 7 pays de l’Union pourront proposer un acte législatif à la Commission. L’initiative est présentée par les Institutions européennes comme une avancée significative vers plus de démocratie et de participation des citoyens. Il est vrai que la crise a quelque peu érodé la confiance des européens dans leurs institutions, comme l’a encore démontré le faible taux de participation aux dernières élections européennes de 2009.[ii]

 

Le 30 mars dernier, une conférence conjointe du Comité des Régions et du Comité Economique et Social européen célébrait le lancement de l’ICE. C’était l’occasion pour la société civile et les représentants des instances locales et régionales de faire entendre leur voix.

 

Pourtant malgré toute l’effervescence qui entoure le lancement de l’ICE, il faut tout de même noter quelques limites. Réunir un million de signatures provenant de 7 Etats membres représente une logistique énorme, des compétences (techniques et linguistiques) importantes et un temps considérable. Tout ceci a un coût qui peut paraître prohibitif. De plus, le processus entre la collecte des signatures et la décision formelle de la Commission de donner suivi ou non à la proposition s’étale sur 18 mois. Après seulement s’enclenche la procédure législative normale menant à l’adoption d’un acte législatif. La collecte des données elle-même pose problème. En effet, afin d’assurer la sécurité des informations, l’UE demande à ce que les signataires fournissent certaines données personnelles, comme leur numéro de passeport, ce qui peut être un frein à la participation. L’enregistrement de l’ICE se fait uniquement par internet, qui peut aussi constituer un facteur d’inégalité. Enfin l’une des dérives possibles est que certaines structures se spécialisent dans la gestion des ICE, les privant ainsi de leur caractère proprement citoyen.

 

Malgré ces premiers défauts l’ICE n’en est qu’à ses débuts et les premières initiatives, qui devraient parvenir sous peu à la Commission, permettront de modifier la trajectoire initiale d’un acte législatif. L’initiative citoyenne européenne a au moins le mérite de proposer au citoyen une participation directe au processus décisionnel de l’UE, devenu davantage intergouvernemental, au fur et à mesure de la crise économique. Il faut noter qu’il s’agit également d’une première mondiale. En effet, il n’existe nulle part ailleurs d’outil de démocratie participative transnational. Laissons donc le temps à l’innovation de faire ses preuves !

 

Antoine Gallais, Pour la Solidarité


[i] Article 11 paragraphe 4 du traité sur l’Union européenne

[ii] La participation sur l’ensemble de 27 Etats membres était de 43,1%. http://www.touteleurope.eu/index.php?id=3673

 

06/03/2012

Un Sommet sans complications

 5751296074_037303d1c5_b.jpg« La crise n'est pas terminée, mais cette réunion n'est pas une réunion de crise », a déclaré le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen[1]. Un sommet « sans heurts » a ainsi eu lieu en fin de semaine dernière à Bruxelles, il n’a pas abordé les questions épineuses, dans la mesure où les dirigeants souhaitaient véhiculer l'image d'une Europe qui a franchi une étape dans sa crise de la dette, qui dure maintenant depuis deux ans.

Les dirigeants ont donc parlé de la croissance, se sont félicités d'avoir à nouveau nommé Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil européen et ont également accordé à la Serbie le statut de candidat à l’UE. Vendredi, ils ont aussi et surtout signé un nouveau traité portant sur un pacte budgétaire, souhaité par l'Allemagne, dans le but de renforcer la discipline budgétaire dans la zone euro.


Obstacles pour le nouveau traité sur le pacte budgétaire

Les dirigeants de 25 Etats membres ont signé le traité sur un pacte budgétaire pour mettre en application des règles plus strictes en matière de réduction du déficit et de la dette. Deux obstacles de taille se dressent cependant sur la route de ce nouveau traité :

- L'Irlande a annoncé cette semaine qu'elle soumettrait ce traité à un référendum, alors que le pays souffre d'une contraction économique difficile et qu'il est sous le coup d'un programme de renflouement de l'UE et du FMI[2].

- La France fait sans doute l'objet de doutes encore plus importants. En effet, le candidat socialiste aux présidentielles, François Hollande, a promis de renégocier le traité pour y ajouter des mesures en faveur de la croissance si, comme les sondages le laissent penser, il vainc le président conservateur Nicolas Sarkozy, lors du scrutin en mai prochain[3].

 
L'injection de liquidités de la BCE permet de gagner du temps

Après que la BCE ait injecté 530 milliards d'euros de liquidités bon marché à trois ans dans le système bancaire européen, les rendements obligataires italiens à 10 ans ont chuté en dessous de la barre des 5 % pour la première fois depuis le mois d'août dernier. Les rendements espagnols ont également chuté et les futures sur le Bund allemand, des valeurs refuges, ont enregistré un repli, ce qui montre que les investisseurs ont à nouveau l'appétit du risque[4].

Les économistes ont expliqué que l'injection massive de liquidités opérée par la BCE avait permis de faire gagner du temps à la zone euro, mais qu'elle ne résoudrait pas les problèmes de l'Union. Pour ce faire, les Etats membres périphériques devront revenir à la croissance et stimuler leur compétitivité. Il faudra retrouver l'équilibre entre les Etats forts et ceux malheureusement plus faibles[5]. Sans un retour à la croissance, plusieurs pays européens risquent d'entrer dans la même spirale de dépression que la Grèce.


Le début d’un effort commun poussif mais nécessaire

Le président du Conseil européen fraîchement réélu, Herman Van Rompuy, a déclaré dans un document préparé en amont du sommet que les pays dans la ligne de mire des marchés devraient poursuivre leurs mesures de consolidation budgétaire, mais que les autres devraient utiliser la marge de manœuvre dont ils disposent sur le plan budgétaire pour stimuler la demande et lutter contre la stagnation économique[6]. Les Etats membres auraient donc tout intérêt à utiliser ce « répits » pour formuler des mesures concrètes pour relancer la croissance et l’emploi.

Le nouveau traité sur la discipline budgétaire, combiné à l’injection de liquidités dans le système bancaire européen, ne peuvent à eux seuls enrayer la crise de l'euro et, bien que les dirigeants européens reparlent de la croissance, les projets actuels se révèlent pour l’instant insuffisants[7]. De plus, un traité centré sur la seule diminution de la dette publique, alors que la dette privée est plus lourde, est susceptible de passer à côté des difficultés du processus de désendettement.

La crise a mis en lumière tout ce qui a manqué, ou qui n’a pas été suffisamment développé jusqu’ici, pour accompagner l’euro, à savoir : des politiques communes de formation, d’emploi, d’industrie et de cohésion renforcée, une intensification des modes d’intégration existants, des synergies entre budgets nationaux et un véritable budget communautaire, etc. Les mesures actuelles sur les contraintes budgétaires seront-elles accompagnées par une réflexion plus globale sur la nécessité de développer, enfin, de véritables stratégies communes autour de ces thématiques pourtant centrales pour le futur de l’économie européenne ?

Prochaines étapes : 

  • D'ici fin mars : l'UE révisera les plafonds de prêts de ses deux fonds de sauvetage, le FESF et son successeur, le MES.
  • 22 avril : premier tour des élections présidentielles en France.
  • 6 mai : résultats des élections présidentielles françaises.
  • Mai-juin : référendum en Irlande sur le pacte budgétaire. 
  • 28-29 juin : prochain sommet de l'UE.

 
Nicolas Maurice-Demourioux, Pour La Solidarité


[1] Sources Euractiv, « Le sommet européen devrait éviter les questions épineuses », publié 01 mars 2012.

[2] Sources Euractiv, « 25 dirigeants européens signent le traité sur le pacte budgétaire », publié 02 mars 2012.

[3] Sources Euractiv, « Le pacte budgétaire fait débat dans la campagne présidentielle française », publié 05 mars 2012.

[4]Sources Euractiv, « L'UE lutte pour trouver un équilibre entre austérité et croissance », publié 02 mars 2012.

[5] Ibid.

[6] EUCO 38/12, PRESSE 87, PR PCE 31, 1 mars 2012.

[7] Sources Euractiv, « Un traité pour rien ou le début mal conçu d’un effort nécessaire? », publié le 7 février 2012.

13:45 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2012

Tous à la retraite !

 6126317829_92c3a72fb7_b.jpgDepuis quelques années la plupart des pays européens ont engagé des réformes de leur système de retraites. En cause, l’allongement de l’espérance de vie qui modifie la proportion entre les actifs qui financent la sécurité sociale (via leurs cotisations sociales notamment) et les inactifs. Graduellement, les actifs ne parviennent plus à assurer des pensions décentes à tous. La solution au problème consiste donc principalement, pour les gouvernements et l’Union européenne, à augmenter le nombre d’années de cotisation… De plus, l’UE et ses pays membres sont au milieu d’une crise économique et financière qui fait pression sur les budgets nationaux, et donc sur les systèmes de retraites. A la décharge de l’Union européenne et des gouvernements, la question des retraites est complexe et technique. Il ne faut donc pas se précipiter et faire des réformes en quelque mois, mais réfléchir à un projet de société en y impliquant toutes les parties prenantes.

La Belgique est le dernier pays européen en date à avoir proposé une réforme des retraites. Celle-ci s’articule autour de la suppression de certains régimes spéciaux et sur un réaménagement des prépensions. La France, en 2010, a repoussé l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. En Allemagne, l’âge légal de départ à la retraite est de 65 ans et va être repoussé à 67 ans. Le Premier ministre Suédois a même déclaré récemment que ses concitoyens pourraient avoir à travailler jusque 75 ans (contre 65 aujourd’hui)[1]. Pourquoi les gouvernements et l’Union européenne ne s’orientent-ils pas, en premier lieu, vers l’augmentation du taux d’emplois des jeunes, des femmes et des travailleurs âgés, plutôt que de remettre en cause le nombre d’années de cotisation ?

Le débat tourne donc principalement autour de la question de l’âge du départ à la retraite. Il faudra cotiser plus longtemps pour espérer percevoir une retraite complète. Or, le taux d’emploi des 55-65 ans en Europe reste relativement faible, de même que le taux d’emploi des femmes et des jeunes[2]. De plus, le débat est légèrement biaisé. Les dirigeants qui entament des réformes mettent en avant l’âge légal de la retraite. Mais il existe un écart parfois important entre l’âge légal et l’âge moyen de sortie du marché du travail. L’Allemagne, souvent citée en exemple en France car l’âge de départ à la retraite y est de 65 ans, a un âge moyen de sortie du marché du travail qui ne dépasse en réalité pas 62,1 an pour les hommes[3].

L’Union européenne et la Commission se sont donc récemment emparées de cette question, qui est difficilement coordonnable à l’échelle européenne étant donné l’hétérogénéité des systèmes de protection sociale en Europe. La question des retraites illustre aussi un conflit présent depuis le début de la construction européenne entre intergouvernementalisme et supranationalisme. Les retraites sont une prérogative étatique, les réformes sont nationales et les Etats ne veulent pas, à l’heure actuelle, d’une communautarisation des retraites. Il existe pourtant un modèle social européen, très différent de son voisin américain,  par exemple.

Le 16 février dernier, Laslo Andor, Commissaire européen à l’emploi, présentait le Livre Blanc de la Commission européenne en matière de retraites[4]. L’Union européenne ne dispose pas d’une compétence spécifique mais de plusieurs instruments stratégiques, qui permettent d’aider et d’accompagner les Etats membres dans leurs réformes. Pour l’Union, il est nécessaire d’aborder cette question d’un point de vue global, et notamment dans le cadre de la stratégie 2020. Le Livre Blanc sur les retraites de 2012 propose une série de réformes à entreprendre afin de rendre les retraites « adéquates, sûres et viables ».

Tout d’abord, comme dans la plupart des Etats membres, la Commission propose « d’adapter l’âge de la retraite pour tenir compte de l’augmentation de l’espérance de vie ». Il faut donc augmenter l’âge de départ à la retraite proportionnellement à l’espérance de vie et limiter les possibilités de partir avant cet âge légal (limiter ou supprimer les systèmes de préretraite). Mais augmenter l’âge de la retraite n’est pas suffisant. Le Livre Blanc insiste également sur « l’allongement de la vie professionnelle […] en développant les possibilités d’emploi pour les travailleurs âgés et en promouvant le vieillissement actif et en bonne santé ».

2012 est l’année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle[5]. L’idée du vieillissement actif est que les personnes de plus de 55 ans vivent aujourd’hui en meilleure santé et peuvent ainsi faire bénéficier la société de leurs compétences, leurs expériences et leur savoir-faire.

Dans l’avenir il y a de fortes chances que les retraites financées par la protection sociale diminuent. L’UE propose donc que les européens souscrivent à des régimes de retraites complémentaires. Ces pensions complémentaires sont financées à l’intérieur des entreprises par capitalisation ou par répartition. Les retraites privées sont une autre piste qui n’est pas évoqué directement dans le document de la Commission. Dans le modèle américain, très libéral et très différent du modèle européen, les retraites complémentaires sont beaucoup plus développées (surtout les retraites par capitalisation) et les retraites privées également. L’Europe tente de conserver son modèle, car la place de la protection sociale n’est pas la même d’un coté ou de l’autre de l’Atlantique. L’objectif est maintenant de le rendre viable économiquement parlant.

Cette question de l’âge concentre la symbolique des acquis sociaux obtenus en Europe après la seconde Guerre mondiale. Les Européens, et plus particulièrement les baby-boomers, ne veulent pas remettre en cause ces acquis et dériver vers le modèle libéral américain. Il faut pourtant être conscient que la configuration actuelle du système est difficilement soutenable et qu’il faudra peut-être tendre vers un modèle européen plus intégré.

Antoine Gallais, Pour la Solidarité


[2] Le taux d’emploi des 55-64 ans était de 46,3% en 2012 (EuroStat). Selon l’Insee, le taux d’emploi des 15-24 ans danns l’UE 27 était de 34% en 2010. En 2010, le taux d’emploi des femmes de 15à 64 ans dans l’UE 27 était de 58.2% (EuroStat)

[4]COM (2012) 55 Final, Livre Blanc, Une stratégie pour des retraites adéquates, sûres et viables, Bruxelles le 16 Février 2012.

[5]L’objectif des années européennes est de mettre en lumière un thème particulier qui se décline dans les politiques européennes

11:55 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

21/02/2012

Grèce : cure d’austérité ou liposuccion économique drastique ?

4407765577_0f2ba84d62_z.jpgDepuis 2007, l’Europe connait une crise économique et financière importante et profonde. Plus qu’une crise conjoncturelle, il s’agit au premier chef d’une crise structurelle du système financier et économique dans son ensemble. Toute la pensée économique libérale des années 80-90 a été remise en cause à travers, notamment, la dérégulation sans borne ni contrôle et, surtout, à travers un système spéculatif qui ne finance plus l’économie réelle mais qui s’auto-entretient.

 

Dans cette tourmente financière, un Etat a été particulièrement touché : la Grèce. Même si la crise économique et la crise financière ont accentué les déficits et la dette publique grecque, il ne s’agit pas pour autant d’une cause unique. Depuis les années 2000-2007, la Grèce affichait une croissance de 4,2% par an, masquant les déficits structurels importants. Le modèle social, depuis la chute de la dictature des colonels en 1974, est basé sur un secteur public et une administration publique forte. La Grèce compte 800 000 fonctionnaires pour une population de  5 millions de personnes.

 

A coté de cette importante structure publique, il faut souligner que l’économie souterraine a toujours eu un poids important en Grèce. On estime en moyenne à 30 % du PIB l’importance de l’économie grise. L’Etat a dès lors un manque à gagner de 10 à 15 milliards par an au niveau des recettes fiscales en raison d’une fraude importante. Les pots de vin et les prébendes pèsent aussi sur l’économie grecque. L’ONG Transparency International estimait le poids de la corruption à 790 millions d’euros en 2009[1].


En 2010, la dette de la Grèce s’élève alors à 120 % du PIB et le déficit à 13 % du PIB. L’Etat se retrouve dans une situation critique voir catastrophique. Les spécialistes prévoient une faillite si rien n’est entrepris pour réduire la dette et les déficits. Dès lors, l’Europe décide de mettre en place plusieurs plans de sauvetage de la Grèce, en contrepartie d’un certain nombre de mesures d’austérités et d’assainissement des comptes publics. On peut citer la suppression du 13ème et 14ème mois dans la fonction publique et, pour tous les travailleurs, l’allongement de cotisation pour la pension à 40 annuités contre 37 actuellement, le recul de l’âge du départ à la retraite (60 ans), la hausse de la TVA à 23%, ainsi que la réduction des salaires des fonctionnaires, des dépenses de l’Etat, de la santé et de la protection sociale.

 

Face à ces plans de rigueurs, les conséquences socio-économiques sont importantes, en premier lieu, une récession et une chute du PIB et de la croissance. La situation économique des grecs devient problématique. Une étude britannique relève également que la crise a aussi des conséquences sur la santé[2]. Le taux de suicide aurait augmenté de 17 % et beaucoup de personnes n’ont plus les moyens d’aller consulter un médecin. Enfin, les plans d’austérité jettent dans la rue des milliers de personnes décidées à se battre et à refuser d’être les dindons de la farce de l’Europe.

 

Le 12 février 2012, le Parlement grec a voté un nouveau plan d’austérité afin de bénéficier du nouveau plan de sauvetage de 130 milliards d’euros. Ce plan de rigueur prévoit notamment un abaissement de 22 % du salaire minimum, ramené à 596 euros brut, la suppression de 15 000 emplois dans la fonction publique, la privatisation de 4 entreprises publiques, de nouvelles coupes dans les budgets de l’armée et de la sécurité sociale.

 

Enfin, mardi 20 février 2012, les pays de la zone euro ont arrêté un accord sur un nouveau plan d’aide à la Grèce à hauteur de 237 milliard d’euros avec, d’une part, le volet aide publique de 130 milliards d’euros et, d’autre part, l’effacement de la dette détenue par les créanciers privés de la Grèce à hauteur de 107 milliards d’euros. Ce plan va permettre de ramener la dette publique à 120 % du PIB – qui avait entre temps atteint près de 140% du PIB. Mais en contrepartie, la Grèce devra redoubler d’effort creusant encore plus les inégalités sociales actuelles.

 

Face à cette situation, les marges de manœuvre sont faibles mais pas inexistantes. Il faut souhaiter que l’Europe, voulant appliquer une liposuccion économique drastique à la Grèce, n’aille pas jusqu’à proposer l’euthanasie. 


Matthieu Paillet, Pour la Solidarité

16:38 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1)

02/02/2012

(G)rêve général(e)

 « Grève générale », telle était l’inscription hier sur les panneaux d’informations aux différentes entrées de la ville de Bruxelles. Ce mouvement de protestation n’a pas empêché les officiels européens d’atterrir sur une base militaire aux alentours de la ville, réquisitionnée à l’occasion du sommet européen. Ce lundi 30 janvier, les dirigeants des différents Etats membres se sont mis d'accord sur un traité impliquant des règles budgétaires plus strictes, dans le but d'éviter à la zone euro de sombrer dans de nouvelles crises[1]. La République tchèque a toutefois affirmé qu'elle ne signerait pas ce traité pour le moment en raison des difficultés liées à la ratification du texte. Ainsi, elle rejoint la Grande-Bretagne pour ce qui est des Etats non signataires. Le Président français, Nicolas Sarkozy, a quant à lui déclaré que son pays ne ratifierait sans doute pas le traité avant les élections présidentielles du 6 mai prochain.

Ce sommet fut le premier depuis longtemps à échapper au qualificatif de réunion « de la dernière chance », grâce notamment à l’accalmie observée sur le front de la crise de la dette, toutefois encore très précaire. Lors de ce sommet, les dirigeants européens ont également abordé les questions sur l'emploi et la croissance, avec une attention particulière accordée au chômage des jeunes et à la façon de mieux employer les fonds régionaux non utilisés de l'UE pour soutenir l'économie.

La détente que connaît le marché obligataire depuis plusieurs semaines, à la suite de l’injection massive de capitaux dans le secteur bancaire par la Banque centrale européenne, a ramené un peu de calme après deux ans de tensions continues et d’interrogations sur la survie de l’euro. L’Europe est pressée de tourner la page de la crise de la dette et, avec elle, celle de l’austérité budgétaire pour seule perspective commune.

 

La Règle est d’or

Ce nouveau « pacte budgétaire contraignant », adopté par 25 Etats membres, répond à une exigence de la Chancelière allemande, Angela Merkel[2]. Cette condition nécessaire en échange de la solidarité financière de son pays avec les Etats en difficulté de la zone euro est le fruit d’un processus engagé depuis plusieurs mois déjà. Cette « règle d’or » requiert de fixer une limite à l’endettement par rapport au PIB, qu’un Etat ne peut pas dépasser sous peine de sanctions (3% pour les déficits publics annuels). Cela demande du temps (six ans pour l’Allemagne et onze pour l’Espagne) et passe inéluctablement par des plans de rigueur.

Nombre de pays européens espèrent que ce traité encouragera la Banque centrale européenne à faire davantage pour aider la zone euro face à la crise de la dette.

L'accord de principe adopté ce lundi a été rendu possible suite à un compromis trouvé sur un sujet annexe : les formats des sommets de la zone euro. La Pologne, bien que n'ayant pas encore adopté la monnaie commune, militait pour avoir un siège à toutes les réunions. Paris tenait à ce que les dix-sept pays utilisant la monnaie commune puissent se retrouver seuls entre eux sur certains sujets. Finalement, les sommets de la zone euro seront limités aux pays de l'Union monétaire, sauf sur certains sujets où les autres Etats n'en faisant pas partie pourront aussi être conviés.


Réajuster certains fonds structurels pour favoriser la croissance et lutter contre le chômage des jeunes

Dans une tentative de promouvoir un programme économique plus positif, les dirigeants européens ont adopté une déclaration sur la croissance et l'emploi. Cette déclaration a pour but de marquer un tournant dans la crise de la dette qui dure depuis deux ans. La déclaration du sommet, intitulée « Sur la voie d'un assainissement axé sur la croissance et d'une croissance favorable à l'emploi », requiert de la part de chaque Etat membre qu'ils adoptent un plan national pour lutter contre le chômage des jeunes.

Plus de 5,5 millions de jeunes sont sans emploi dans l'UE (22,3 %), selon les statistiques les plus récentes publiées en janvier dernier[3]. L'Espagne est le pays le plus durement touché avec un taux de chômage des jeunes astronomique proche de 50 %. La situation ne semble pas sur le point de s'améliorer alors que le marasme économique pousse de plus en plus de jeunes Européens à demander des aides sociales.

Dans une tentative apparente de contrer les déclarations de certains sur un programme « creux » et sans financements nécessaires à sa réalisation[4], le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré que de l'argent du budget de l'UE devrait être alloué à la croissance. Quelques 82 milliards d'euros sont encore disponibles dans le budget de la politique régionale de l'UE (d'un montant total de 347 milliards) pour la période 2007-2013, a-t-il précisé. Certains pays ne sont toutefois pas très enthousiastes à l'idée de réallouer des fonds régionaux à d'autres programmes.

Le contexte actuel est aussi propice aux innovations sociales pour tenter de remédier à la problématique du chômage en général. En témoigne un projet de parrainage entre demandeurs d’emplois et salariés, intitulé « MentorU » et développé en Belgique par le Think Tank européen Pour la Solidarité.[5]


Tout en restant prudent

Les dirigeants européens ont dû se pencher une nouvelle fois sur la situation de la Grèce, engluée dans la récession et plus que jamais sous perfusion financière de l'extérieur. Si elle échappe à une mise sous tutelle (souhaitée par l’Allemagne), la Grèce doit encore augmenter ses efforts pour regagner la confiance de ses pairs[6].

Une prudence partagée par de nombreux responsables européens pour qui il est « trop tôt pour baisser la garde », parce que « les marchés gardent un comportement irrationnel »[7]. Le calme relatif actuel s’expliquerait en partie par un facteur technique: les injections justement de liquidités de la BCE qui permettent aux banques de recommencer à acheter de la dette publique.

Rappelons-nous qu’il y a un an, après une phase d’accalmie similaire, le Portugal avait dû faire appel à l’aide internationale pour sortir la tête de l’eau.

Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, avait prévenu avant ce sommet qu’il n’y aurait ni chiffres, ni décisions spectaculaires qui seraient prises. L’essentiel était d’envoyer un message d’optimisme aux opinions publiques éreintées par la crise.

Si le signal est positif, il reste à concrétiser les paroles en actes à court et long terme.


Nicolas Maurice-Demourioux, Pour la Solidarité


[1] Communication officielle des Etats membres suite au Sommet

[2] Sources Le Monde, « L'Europe adopte un nouveau pacte budgétaire mais demeure divisée sur la Grèce »

[3] Toute l’Europe, « Le chômage frappe durement l’Union européenne »

[4]  Sources Euractiv, « Les socialistes dénoncent des débats creux sur la croissance et l’emploi »

[5]  http://mentoru.be/

[6] Sources Euractiv, « 25 pays approuvent le traité budgétaire souhaité par l’Allemagne »

[7] Ibid