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03/07/2012

RIO + 20 EN DIRECT !

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Le Think Tank européen Pour la Solidarité se réjouit d’envoyer un représentant (Nicolas Maurice-Demourioux) au sommet de Rio. Il participera aux commissions sur l’économie sociale et le développement durable et assurera, sur notre site, une chronique régulière sur les avancées adoptées dans ces domaines.

Notre correspondant intégrera une délégation de 22 jeunes venant du Québec, de France, de Belgique (Fédération Wallonie Bruxelles) et du Brésil, impliqués en économie sociale, qui proposeront notamment un atelier sous la forme de World Café (tables thématiques de discussion), pour discuter avec les participants d’expériences d’économie sociale et des défis et enjeux dans leurs différents pays. Ce projet est organisé par LOJIQ et le Comité Jeunesse du Chantier de l’Économie Sociale au Québec, en partenariat avec l’OFQJ (France) et le BIJ (Belgique).

La participation au Sommet des Peuples qui se déroulera dans le parc du Flamengo, en amont de la conférence onusienne, agrémentée par de nombreuses visites de terrain seront l’occasion de partager avec vous l’effervescence qui émane d’un tel événement !

Banques communautaires au Brésil : 3 questions à Elias Lino Dos Santos de la Banque Palmas

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Rencontre avec Elias qui est l’un des directeurs de la banque communautaire Palmas. Elias fait partie de la délégation de jeunes impliqués dans l’ESS présente à Rio+20 et au Sommet des Peuples.

Peux-tu te présenter ?

Je suis en charge des questions d’assurance des micro-crédits pour la Banque Palmas. J’y travaille depuis sept ans et je vis dans la communauté de Palmeras où la banque a été créée en 1998 par les habitants. Palmeras est située dans la ville de Fortaleza, dans l’Etat du Ceará. Parallèlement à mon poste à la banque, je suis des études de philosophie. Les connaissances que j’acquiere avec mes cours m’aident dans mon quotidien à la banque. J’ai d’abord rejoint Palmas en tant que bénévole parce que j’étais convaincu – et je le suis toujours - que la banque communautaire pouvait changer le quotidien des gens.

Peux-tu nous résumer les activités de la banque Palmas ?

La banque Palmas a été créée par les habitants de la communauté eux-mêmes. Ils avaient à l’époque constitué un groupe de troc pour s’échanger des biens et des services. Ce club a grossi et s’est étendu à toute la communauté. Il a fallu créer un cadre pour ces échanges et c’est pour cette raison qu’a été lancée une monnaie locale complémentaire.

Aujourd’hui, la majorité des habitants utilise cette monnaie au quotidien et une très grande partie des commerçants et des artisans l’accepte.

Au-delà de cette monnaie complémentaire, la Banque Palmas a développé des formations pour faciliter l’insertion des personnes sur le marché du travail ainsi que des cours à l’éducation financière.

La Banque propose par ailleurs des solutions de micro-crédit et est devenue une correspondante bancaire de Caixa, une banque nationale « classique ». Cette mission permet aux habitants de la communauté d’accéder à des services bancaires traditionnels.

Quels sont, selon toi, les défis que doivent relever les banques communautaires dans les années à venir ?

Aujourd’hui, le Brésil compte 78 banques communautaires qui se sont inspirées du modèle imaginé par la Banque Palmas. Le gouvernement brésilien a compris que ces banques étaient de véritables outils pour lutter contre la pauvreté. Nous voulons devenir un point d’appui pour les décideurs et les aider à dupliquer le modèle développé par la communauté de Palmeras. L’objectif du gouvernement est de faire en sorte qu’un million de Brésiliens bénéficient des services des banques communautaires. Pour y parvenir, nous sommes décidés à appuyer les communautés qui souhaiteraient créer leur propre banque.

« L’économie verte proposée à Rio+20 n’est pas une solution d’avenir, l’économie solidaire, oui !»

IMG03185-20120616-1611.jpgL’un des ateliers organisé au Sommet des peuples nous a permis de rencontrer Marcelo Henrique DE COSTA qui est en charge de l’économie solidaire à la municipalité de Rio. Il nous a livré ses impressions sur Rio +20 et nous a expliqué comment la ville entend soutenir l’économie solidaire.

M. De Costa nous a présenté la stratégie de soutien de la mairie de Rio à l’économie solidaire. Les quatre priorités du Secrétariat au développement de l’économie solidaire dans les années à venir sont les suivantes :

  1. Proposer une formation pour développer la capacité des Cariocas à créer des coopératives. Pour ce faire, la ville propose une formation de 1000 heures et a créé des incubateurs à coopératives,
  2. Permettre aux habitants de Rio d’accéder plus facilement à la micro-finance dans le cadre de la création de coopératives, notamment dans la Cité de Dieu où la création d’une banque communautaire est une priorité,
  3. Développer un marché pour les entreprises d’économie solidaire. La ville souhaite ainsi créer différents circuits de commercialisation pour les produits et services de l’économie solidaire notamment dans les favelas, mais aussi dans tout l’Etat de Rio de Janeiro. Une boutique exclusivement dédiée aux produits d’économie solidaire a par exemple vu le jour sur Copacabana. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 120 000 reals l’année dernière,
  4. Proposer une loi-cadre en économie solidaire. Cette loi a déjà été votée. M. De Costa nous a précisé que son élaboration avait reposé avant tout sur la concertation de tous les acteurs de terrain et non des pouvoirs publics eux-mêmes. Son application concrète devrait aboutir en 2013.
Pour développer ce programme, le Secrétariat au développement de l’économie solidaire dispose de 150 000 euros annuels. « Ce n’est qu’un début, précise M. De Costa. Dans une ville comme Rio qui compte 1000 favelas, l’économie solidaire propose des solutions qu’il faut absolument soutenir et développer ».  L’objectif de M. De Costa est également de travailler de manière transversale avec les autres services de la ville.

IMG03177-20120616-1408.jpgEn conclusion de notre rencontre, M De Costa nous a fait part de ses attentes quant au Sommet Rio+20 : « Ce sommet devra mettre en avant les contradictions des gouvernements et des entreprises quant à l’économie verte. Ce concept proposé par l’industrie et certains Etats n’est pas une solution d’avenir, alors que l’économie solidaire oui ! Elle repose depuis toujours sur la base, sur les mouvements sociaux et les initiatives collectives. C’est elle qu’il faut favoriser ! ».


 

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01/06/2012

Jeux d’influence : qui dirige réellement l’Europe ?

europe,influence,lobbiesA Bruxelles, deuxième capitale du lobbying après Washington, près de 15000 lobbyistes gravitent autour des institutions européennes et sont présents tout au long du processus décisionnel. Mais les relations qu’entretiennent les lobbyistes avec les décideurs politiques manquent de transparence. C’est ainsi que le film de Matthieu Lietaert, The Brussels Business s’interroge : qui dirige réellement l’Europe ?  

Le film évoque l’influence des grandes industries lors de la construction du Marché Unique. L’European Round Table of Industrialists (ERT), créée en 1983 et regroupant les cinquante plus grandes entreprises de l’UE aurait, en effet, influencé de façon non négligeable la création du Marché Unique, sous la présidence de Jacques Delors. Le Livre blanc précédant la rédaction de l’Acte unique de 1987 prévoyant la suppression, en sept ans, de toutes les entraves physiques, techniques et fiscales à la libre circulation dans l’espace de la Communauté aurait été fortement inspiré d’un rapport intitulé « Europe 90 » porté par Wille Dekker, alors patron de Philips et porte-drapeau de l’ERT. Ce lobby est l’un des plus puissants au sein de l’Union et est, encore aujourd’hui, toujours associé aux grandes décisions européennes en matière économique, financière, environnementales, sociale, etc.

The Brussels Business suit l’un des principaux lobbyistes de l’European Services Forum (coalition de 40 multinationales et 40 associations nationales dans le secteur des services), Pascal Kerneis. Au travers de son parcours, le film oppose les lobbies les plus puissants, qui influent directement sur les institutions européennes, aux associations qui travaillent à la promotion de la transparence. Mais ces lobbies ne sont pas les seuls à tenter d’influencer les décisions européennes, ce que tend parfois à oublier le film de Matthieu Lietaert. En effet, les ONG environnementales, les associations de consommateurs, les syndicats etc., sont également présents à Bruxelles pour défendre leurs intérêts, parfois aussi avec succès. On peut ainsi évoquer le rôle joué par les ONG environnementales lors du processus décisionnel européen pour une nouvelle réglementation des produits chimiques (Reach). Si ces ONG ne disposaient pas de ressources financières aussi importantes que les lobbies de l’industrie chimiques auxquels elles s’opposaient, le soutien dont elles ont bénéficié au sein de l’opinion publique et l’écho médiatique des campagnes de sensibilisation qu’elles ont mené, leur ont permis de se faire entendre des décideurs politiques, de s'imposer comme des interlocuteurs privilégiés et d’avoir une influence réelle sur le processus décisionnel.

Selon le réalisateur de The Brussels Business, « Les discussions entre le politique et le privé sont nécessaires. Ce qui est problématique, c’est le manque de règles ». En effet, à Bruxelles, il est difficile de savoir qui sont les lobbyistes, quelles sont leurs activités et quels montants exacts ils dépensent pour influencer les décideurs. Face à ce manque de régulation contraignante des lobbies, le commissaire lituanien en charge de la lutte contre la fraude, Siim Kallas, annonça en 2005 son intention d’encadrer plus étroitement une activité qui était jusqu’alors essentiellement autorégulée. Cela engendra un certain émoi dans la communauté du lobbying et les réticences pour plus de transparence se sont très vite fait sentir. Le commissaire a ainsi rencontré de nombreuses difficultés dans la mise en place d’un registre unique de la transparence ; près de trois ans lui auront été nécessaire pour imposer l’idée et il aura fallu trois années supplémentaires pour rendre le registre opérationnel.

Aujourd’hui, le registre public est ouvert depuis près d’un an, mais ne compte que 5000 entreprises inscrites et seulement 2000 lobbyistes y sont enregistrés de manière individuelle. Par ce registre, les lobbies doivent déclarer « sur l’honneur » le nombre de personnes et les montants affectés au lobbying, mais il ne faut pas être naïf, ces montants peuvent être biaisés. L’Alliance pour une réglementation de transparence et d’éthique en matière de lobbying (ALTER-EU) a ainsi mis en avant quelques curieuses déclarations : Business Europe, la très puissante confédération des entreprises européennes, avait au départ déclaré 550 000 euros par an pour son lobbying. Après avoir saisi la Commission et demandé à avoir accès à des documents, le montant déclaré a été modifié et multiplié par huit. Selon ALTER-EU, la transparence financière est une composante essentielle d’un lobbying éthique et le registre sera dénué de sens sans amélioration de la qualité et de la fiabilité des données. Les autorités doivent ainsi jouer un rôle proactif dans le suivi des données. La Commission européenne a affirmé qu’elle comptait sur la vigilance des médias, des ONG ou encore des citoyens pour dénicher les erreurs. Mais est-ce réellement le rôle des citoyens de surveiller l’honnêteté les lobbies ?

De l’autre coté de l’Atlantique, le Congrès américain a également décidé de réguler les lobbyistes. Mais le registre y est obligatoire et les lobbies doivent, tous les trois mois, donner des détails chiffrés sur leurs activités. En cas de non-respect, ils peuvent être sanctionnés par des amendes ou des peines de prison. On sait ainsi que, lors de la réforme du système de santé par Obama en 2010, un million de dollars était dépensé par jour pour tenter d’influencer les décisions.

Dès lors, la grande faiblesse du registre européen est surtout qu’il n’est pas contraignant.

Face à ce manque criant de transparence, il apparait nécessaire que l’Union européenne prenne des décisions afin d’améliorer cette situation floue et peu compatible avec un contexte démocratique…

Claire Corrion, Pour la Solidarité

11:00 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, influence, lobbies

07/05/2012

Le rose vous va si bien !

Copie de Sans titre5.jpgLa victoire du socialiste français François Hollande augure un certain rééquilibrage politique en Europe. Jusqu’à l’avènement du nouveau président français, les chefs (d’Etat et) de gouvernement socialistes ou sociaux-démocrates se comptaient sur les doigts d’une seule main : le Belge Di Rupo, l’Autrichien Frayman, la Danoise Thorning-Schmidt et le Slovaque Fico. C’est dire si la gauche européenne attendait, impatiemment, la victoire du socialiste français. A cette victoire historique pour la gauche française, viennent s’ajouter les résultats des élections législatives en Grèce et en Serbie, qui sont venues conclure ce « Super Sunday »[1]électorale crucial pour l’avenir de l’Europe.

Un président sous pressions

Les premiers sommets européens et internationaux vont bientôt découvrir ce candidat que beaucoup attendent de pied ferme. Sans patienter jusque-là, François Hollande va devoir engager une véritable course contre la montre dans une Europe encore malade de ses dettes. Avec un double objectif : donner des gages aux marchés, tout en réorientant la gestion de la crise dans l'espoir d'adoucir l'austérité exigée par la Chancelière allemande.

Le climat risque d'être d'autant plus incertain que les législatives en Grèce ont vu la percée des partis d’extrême droite, opposés au programme de rigueur signé par le gouvernement sortant avec ses bailleurs de fonds internationaux, la zone euro, et le Fonds monétaire international (FMI). A ses futurs homologues, le candidat socialiste français a répété sa volonté de renégocier le pacte budgétaire signé en mars par vingt-cinq pays à l'initiative d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy. S'il ne conteste pas la discipline imposée par le traité, François Hollande entend lui adjoindre un volet "croissance".

Pour "réorienter" la construction européenne, François Hollande pourra compter sur le soutien de ceux qui attendaient discrètement son élection pour contrecarrer le leadership allemand dans le pilotage de la crise. Parmi eux se trouvent le Britannique David Cameron, et surtout Mario Monti, le Président du conseil italien, deux hommes avec qui François Hollande s'est également entretenu au téléphone dimanche soir. Les résultats des élections en France et en Grèce "imposent une réflexion sur la politique européenne"[2], a fait savoir l'Italien : "Il est fondamental que l'Europe adopte d'urgence des politiques concrètes pour la croissance."[3]

Vague rose, virage à gauche ou rééquilibrage ?

Le 17 mars dernier, plusieurs leaders politiques européens avaient exprimé leur espoir qu’une victoire de François Hollande aurait un effet d’entraînement ailleurs en Europe - à commencer par l’Allemagne et l’Italie, où se tiendront des élections législatives en 2013. "Ce sera la confirmation qu’une autre voie existe"[4], estimait Pierluigi Bersani, chef de la gauche italienne, avant d’ajouter : "cher François, à vous de faire le premier pas." Hollande lui-même avait affirmé que son éventuelle victoire devait "permettre une alternance en France et lever une espérance en Europe (...) Si le mouvement se lève en France, il sera irréversible dans toute l’Europe, en Allemagne d’abord, en Italie ensuite et dans d’autres pays."[5]

Mais entre le souhait de l’émergence d’une vague rose - qui ferait basculer le centre de gravité politique d’une Union européenne où la droite conservatrice et libérale se taille toujours la part du lion, et la possible réalité, il y a de la marge. D’abord parce que certains Etats membres de l’Union, le Royaume-Uni et la Pologne pour ne parler que de deux "poids lourds", restent ancrés à droite. Mais aussi parce que dans d’autres, comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, les gouvernements socialistes ont été balayés par la crise de la dette.

Aussi les regards de la gauche se tournent-ils vers l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas. Dans la première, les intentions de vote en faveur du SPD progressent, mais restent loin derrière celles des chrétiens-démocrates de la Chancelière Merkel, dont la popularité ne se dément pas. En Italie, Mario Monti a déjà indiqué qu’il ne poursuivrait pas sa mission de chef d’un gouvernement de techniciens au-delà des législatives de 2013. Mais, comme aux Pays-Bas, où la coalition entre les libéraux et les chrétiens-démocrates est démissionnaire, l’issue des scrutins à venir reste incertaine.

Ce jour restera gravé dans les mémoires, car le premier pas est fait. Reste à savoir si les deux piliers mis en avant par le nouveau Président français, la Justice (sociale, écologique et économique) et la Jeunesse, occuperont enfin la place et le rôle qu’ils méritent dans une Europe en transition !

 

Nicolas Maurice-Demourioux, Pour la Solidarité


[1] « L'Europe face à trois scrutins cruciaux ce dimanche », article d’Euractiv, 07/05/2012.

[2] « Croissance : les partenaires européens de M. Hollande veulent négocier vite », article du journal Le Monde, Philippe Ricard, 07/05/2012.

[3] Ibid

[4] « L’Union est un peu plus à gauche », article du journal La Libre Belgique, Olivier Le Bussy, 07/05/2012.

[5] Ibid

14:37 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

02/05/2012

La précarité des travailleurs... un mal qui peut toucher chacun d’entre nous

10696419.jpgNos emplois sont-ils encore décents? A-t-on encore une certaine sécurité d’emploi? Selon Guy Standing, professeur d’économie, il faut plutôt répondre par la négative à ces questions. Dans son récent livre, « The Precariat – The New Dangerous Class », il explique l’émergence d’une nouvelle classe de travailleurs à travers le monde se trouvant dans une situation de précarité, cumulant des emplois à court terme, tout en étant de moins en moins épaulés par la protection sociale.

Lors du Forum organisé par l’European Trade Union Institute le 27 avril dernier, Guy Standing a eu l’occasion d’expliciter les propos tenus dans son ouvrage, qu’il résume en cinq questions :

Qu’est-ce que le « précariat » ?

Ce terme désigne le fruit d’une évolution qui a mené les personnes à accepter de travailler sans sécurité ni certitude quant à leur avenir. Ces personnes constituent petit à petit une nouvelle classe, créée de toute pièce par la forme de capitalisme actuelle. Cette nouvelle classe en devenir est très hétérogène car elle concerne tant les personnes âgées qui tombent dans la précarité et ne savent plus se projeter dans l’avenir, que les jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emploi. Mais ces personnes partagent des points communs importants, comme l’absence d’identité professionnelle, de sentiment d’appartenance à la société ou de vision de l’avenir.

Pourquoi s’en préoccuper ?

Il est important, selon Guy Standing, d’attaquer ce « nouveau mal » car il peut toucher chacun d’entre nous ou nos proches. Il dénombre d’ailleurs quatre caractéristiques propres au précariat, auxquelles de nombreuses personnes peuvent s’identifier. Tout d’abord l’anxiété, la peur qu’une simple erreur de parcours puisse faire flancher tout un avenir professionnel. Ensuite l’impossibilité d’envisager son existence sur le long terme, faute de ne pas pouvoir identifier des moyens pour s’en sortir. Enfin le découragement et le sentiment de colère.

Pourquoi ce phénomène est-il en pleine expansion ?

Avec la mondialisation, les travailleurs ont vu le marché du travail, puis leur salaire et finalement leurs fonctions et leur carrière devenir de plus en plus flexibles, avec de moins en moins de sécurité. Ces tendances semblent aujourd’hui atteindre leur paroxysme... Toujours d’après Guy Standing, le système éducatif est lui aussi gangréné car les études coûtent de plus en plus cher pour moins en moins de chances de faire carrière.

Qui est concerné par la précarité ?

Toute personne risque de se trouver un jour dans cette situation, mais les jeunes, les femmes ou encore les personnes handicapées sont tout particulièrement touchés.

Où tout cela nous mène-t-il ?

Ce climat d’insécurité peut être propice au développement de tendances politiques néofascistes. Cependant, il convient d’être prudent. Guy Standing se veut optimiste et pense que les personnes s’indigneront davantage contre ce système et s’organiseront pour réagir. Celles-ci devront alors se battre pour une reconnaissance de la précarité, pour une certaine représentation de celle-ci dans les agences sociales et autres organes publics et pour une redistribution de la sécurité, du temps, de l’espace et bien sûr du capital financier.

Une nouvelle classe telle que décrite par Guy Standing se développera-t-elle ? Les mouvements comme « Occupy Wall Street » verront-ils le jour à l’échelle mondiale et feront-ils changer les choses ? Le mouvement des indignés amorce-t-il une nouvelle « lutte des classes » ? Ou s’agit-il seulement de faire sortir Marx du placard ? Une chose est sûre en tout cas, le débat sur la qualité de nos emplois et la dignité des nos vies est loin d’être clos !

Elise Dubetz, Pour la Solidarité

27/04/2012

Une relance pour l’emploi ?

3246111473_c2b91bee4d.jpgEn proposant le 18 avril dernier son Paquet pour l’emploi[1], la Commission européenne a répondu à une attente générale, puisqu’il s’inscrit dans un contexte global d’austérité budgétaire et de hausse du chômage. La Commission y privilégie la création d’emplois liés à la demande et suggère aux États membres des « solutions  propres à encourager l’embauche, telles que la réduction de la pression fiscale sur le travail ou l’octroi d’aides à la création d’entreprises. Par ailleurs, elle recense les secteurs offrant le plus de possibilités de création d’emplois : l’économie verte, les services de santé et les technologies de l’information et de la communication. »[2]       


La création d’un grand marché du travail européen grâce à la gouvernance et à la coordination

Ce faisant, la Commission souhaite créer un marché du travail européen à part entière en améliorant la mobilité de la main d’œuvre d’une part, et en renforçant l’adéquation entre la demande et l’offre de travail d’autre part. La Commission entend de faire du portail de recherche d’emplois EURES un outil de placement et de recrutement transnational. Enfin, elle souhaite renforcer la coordination et la surveillance des politiques de l’emploi sur le modèle de la gouvernance économique de l’UE. L’idée est d’associer également les partenaires sociaux européens et nationaux à l’élaboration des politiques de l’emploi, ce qui réjouit la plupart des acteurs concernés, tels que la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et Business Europe. La Commission rappelle qu’il est important de faire intervenir des instruments de financement européens pour aider les initiatives et les réformes entreprises par les États membres.


Un accent renouvelé sur la qualité et la décence du travail

Ce Paquet s’intéresse aussi à la qualité des emplois créés (en référence à la Stratégie Europe 2020), aux conditions de travail (1/5e des travailleurs souffrent de mal-être au travail[3]) et propose aussi qu’un minimum salarial soit garanti dans chaque État membre afin d’empêcher que le phénomène des travailleurs pauvres ne se développe, mais refuse néanmoins l’idée d’un salaire minimum européen commun. Elle propose également une consultation publique sur une charte qualité pour les stages. Ces dernières mesures ont été accueillies avec succès, c’est par exemple le cas de Karima Delli, eurodéputée vert : « Il semble que la Commission ait tiré les leçons des erreurs passées. Ainsi, je constate les frémissements d’un glissement idéologique, avec la mise en avant de solutions de type keynésien (attention portée à la demande et non plus uniquement à l’offre...), voire écologistes (…). Après des années de déni, la Commission reconnaît enfin explicitement que l’emploi seul ne suffit pas à sortir de la pauvreté. Elle propose avec raison de créer des dispositifs de salaires minimaux en Europe. L’Allemagne est donc prise pour cible, puisqu’elle a choisi de bloquer les salaires, s’engageant dans une logique de compétitivité non-coopérative vis-à-vis de ses partenaires européens, et en en faisant payer le prix à ses millions de travailleurs pauvres. »[4]


Un Paquet de « bonnes intentions » qui présente quelques incohérences critiquées

Toutefois, il est reproché à la Commission de rester dans les « bonnes intentions » : ce Paquet n’est pas contraignant juridiquement et si la règle de l’autorité budgétaire continue de dominer le jeu politique européen, la récession risque de s’aggraver et le chômage de s’accroître[5]. Bernadette Ségol, Secrétaire générale de la CES a déclaré : « Notre première réaction est qu’il (le Paquet) n’est pas à la hauteur du défi du chômage en Europe qui touche aujourd’hui 24,5 millions de personnes. (…) Sans une remise en cause de l’austérité et un plan européen d’investissement, l’UE n’atteindra pas ses objectifs. » Il y a une certaine hypocrisie dans le discours de la Commission quand elle essaye de recycler des « recettes anciennes et dépassées comme la flexisécurité » tout en recommandant l’austérité d’après la CES[6].

Par ailleurs, les écologistes pensent que le salaire minimum ne suffit pas, qu’il faudrait mettre en place un « bouclier social européen » en intégrant des critères sociaux contraignants, parallèles aux règles budgétaires. D’après Karima Delli, « il faut sortir des "mesurettes" (…), en remettant en cause le libre-échange généralisé. Au sein de l’UE, il faut harmoniser les droits sociaux et les conditions de travail vers le haut pour en finir avec le dumping social ».

Une autre déception est celle du manque de référence au rôle des PME dans la création d’emplois, ainsi que le peu d’engagement concret en matière d’éducation, de formation professionnelle et d’apprentissage basé sur le travail, selon Andrea Benassi, secrétaire général de l’UEAPME (L’Union européenne de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises)[7]. Enfin, l’eurodéputé Csaba Öry, du PPE, a exprimé ses doutes quant au financement des mesures proposées par le Paquet : « Ces mesures peuvent fonctionner dans les États membres qui ont déjà entamé des réformes des marchés du travail. Mais ce sera plus compliqué pour les États membres qui sont confrontés à des difficultés. »[8]

Le Paquet pour l’emploi sera discuté avec les États membres durant la grande conférence sur l’emploi en septembre 2012[9]. D’ici là, les recommandations et propositions des différents stakeholders sauront peut-être se faire entendre.


Ariane Roller, Pour la Solidarité.


[1] Communiqué de presse de la Commission européenne du 18/04/2012, site de la Commission européenne : http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=I..., consulté le 24/04/2012.

[2]Site de la Commission européenne, DG affaires sociales, emploi et inclusion, http://ec.europa.eu/social/main.jsp?langId=fr&catId=8..., consulté le 24/04/2012.

[3] Site des ONG européennes du secteur social http://www.socialplatform.org/News.asp?DocID=29866#, consulté le 24/04/2012.

[5] Site de la CES http://www.etuc.org/a/9891, consulté le 24/04/2012.

[6]Ibid.

[8] Ibid.

[9] Site http://www.socialplatform.org/News.asp?DocID=29850#, consulté le 24/04/2012.

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