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11/05/2011

Immigration : le choix du cœur et de la raison !

Les révoltes qui secouent les pays du Maghreb depuis plusieurs mois font quotidiennement parler d’elles. Un peu pour l’extraordinaire espoir de changement qu’elles suscitent. Beaucoup pour la peur qu’elles engendrent auprès des Européens qui craignent un afflux massif et menaçant de réfugiés. En vérité, il n’y a pas plus d’afflux massif à craindre que de menace pesant sur nos têtes d’Européens. Au contraire même. Pour s’en convaincre, rappelons certains chiffres et faits bien connus.

 

Depuis le début des événements, l’Europe n’a accueilli que quelques milliers de Tunisiens. La Tunisie, pays d’à peine plus de dix millions d’habitants, a elle accueilli plus de cent mille immigrés libyens ! Voilà pour les chiffres. Du côté des faits, rappelons seulement que pour faire face au vieillissement de sa population et à ses objectifs de croissance économique, l’Union européenne sait qu’elle devra obligatoirement faire appel… à l’immigration ! C’est un fait, dans ce qu’il a de plus évident et d’incontournable. « Oui mais cette immigration là, nous voudrions la choisir ! », rétorquent certains. À ceux là, précisons d’abord que l’accueil des immigrés n’est pas une variable d’ajustement. Soulignons ensuite que c’est bien méconnaître l’histoire de l’immigration et pour tout dire, l’histoire de l’humanité, que de croire que nous pourrions à ce point contrôler les mouvements migratoires.

 

Ce que nous pouvons faire se situe ailleurs. Dans la valorisation des compétences des étrangers qui s’installent en Europe, dans la gestion efficace de la diversité dans les entreprises mais aussi dans la possibilité qui s’offre à nous de considérer autrement la relation entre l’offre et la demande. Le problème de l’emploi est en effet moins celui de la demande que celui de l’offre d’emplois ! En d’autres mots, si l’offre n’est pas là, adaptons-nous alors aux caractéristiques des demandeurs d’emploi. Pensons au succès rencontré par les titres services. Pensons au potentiel énorme de création d’emplois liés à la nécessaire rénovation des bâtiments dans nos villes.

 

Ouvrir le marché de l’emploi aux immigrés du Maghreb ou d’ailleurs, c’est peut-être le choix du cœur. C’est aussi et sans aucun doute, le choix de la raison.

 

Denis Stokkink, Pour la Solidarité

Texte paru dans La Libre Entreprise le 07/05/2011

13:53 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe

02/05/2011

Autoritarisme à petits pas ?

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L’Europe semble en proie à une fièvre des nationalismes, maladie chronique et d’autant plus dangereuse qu’elle s’installe progressivement aux quatre coins de l’Union. La Finlande, l’Autriche, la Hongrie, la Suède, les Pays-Bas, la Belgique, et même la France selon les sondages, seraient touchés par ces partis exaltant l’idée d’un « nous » (par opposition à « eux »), lorsqu’ils ne sont pas ouvertement xénophobes.

Ces mouvements ne datent pas d’hier et résultent souvent d’une histoire nationale spécifique. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est leur place proéminente sur l’échiquier politique. Là où l’on reléguait autrefois ces partis au rang de l’opposition, à coup de « cordons sanitaires », on a aujourd’hui des « alliances de raison » avec des partis traditionnels, quand les nationalistes ne sont pas de facto majoritaires.

C’est en Hongrie où le pouvoir politique réel d’un de ces partis est le plus préoccupant. Le Fidesz, parti nationaliste et conservateur de Viktor Orbán, détient en effet pas moins de deux tiers des sièges au Parlement depuis 2010. Avec 263 sièges sur 386, le Fidesz a profité de cette opportunité numérique pour modifier la Constitution en sa faveur, dans une volonté de rompre avec tout ce qui s’est fait dans la République depuis la chute du communisme. Cette démarche s’apparente à un véritable « putsch » constitutionnel, puisqu’elle s’est déroulée en l’absence de l’opposition et avec une concertation très relative avec la société civile. Un unique parti a donc pu décider seul des intérêts de toute la communauté.

Cette nouvelle Constitution a tout pour en fait frémir plus d’un : le préambule fait clairement référence à Dieu et au christianisme, comme garants de l’unité spirituelle de la nation ; la famille (strictement hétérosexuelle) est mise sur un piédestal ; l’affirmation que le fœtus est un début de vie ouvre la voie à des actions contre l’avortement ; les droits des minorités sont atteints par la suppression pure et simple de leur « ombudsman », alors que le droit de vote pourrait être élargi aux Hongrois vivant dans les pays voisins. Cette Constitution liberticide s’inscrit parfaitement dans la lignée de la loi instaurant un contrôle politique fort sur la presse, qui avait fait crier l’Union Européenne à la censure en janvier dernier. Cette réaction européenne, aussi louable soit-elle, ne semble pas avoir été suffisante.

Mais, plus important encore, cette Constitution assure la pérennisation du pouvoir du Fidesz à la tête de la Hongrie, en plaçant habilement ses pions à la tête des principales institutions de la République. Ainsi, la Cour constitutionnelle, représentant l’un des contre-pouvoirs les plus importants du système, voit son autonomie restreinte. Il en va de même pour les pouvoirs de la Banque nationale. Le Conseil des Finances ne pourra plus s’opposer au budget, alors que le Conseil monétaire, où l’on retrouvera des proches de Viktor Orbán, pourra dissoudre le Parlement si celui-ci n’adopte pas un budget en adéquation avec les nouvelles normes constitutionnelles.

On l’aura compris, la nouvelle Constitution permet un contrôle politique accru sur la gestion de l’action publique et économique, en faisant sauter progressivement tous les contre-pouvoirs classiques et en s’assurant qu’un retour en arrière soit quasi impossible (en effet, quel autre parti pourrait s’assurer d’une majorité des 2/3 aux prochaines élections ?). C’est pourquoi, Guy Verhofstadt, leader du groupe libéral au Parlement européen, parle de cette Constitution comme d’un« cheval de Troie d'un système politique plus autoritaire en Hongrie, basé sur la perpétuation d'un parti unique »

Alors même qu’elle est en plein présidence européenne, la Hongrie a donc adopté une Constitution en totale contradiction avec les valeurs de l’Union. Il s’agit d’une véritable régression politique pour un pays historiquement marqué par l’autoritarisme. Pourtant, la Constitution est accueille par une relative indifférence de la part des hongrois, mais aussi par une certaine mollesse de la part de l’Union européenne et de ses Etats membres. Qu’attendons-nous pour rappeler concrètement à la Hongrie, et aux autres Etats qui suivent la même pente, que le nationalisme exacerbé ne mène qu’à l’appauvrissement de la solidarité et est en inadéquation totale avec l’idée même d’une Europe unie par delà les différences et frontières ? Comme le disait le dramaturge Max Frish, « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles » !

Céline Brandeleer, Pour la solidarité

14:06 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe

28/04/2011

Sommet franco-italien : halte aux égoïsmes nationaux

loehrwald.jpg« Nous voulons que Schengen vive mais, pour que Schengen vive, Schengen doit être réformé ».

Cette déclaration du Président français Nicolas Sarkozy aux côtés de son homologue italien Silvio Berlusconi résume l’idée (contradictoire ?) des deux dirigeants européens qui désirent durcir les règles de libre circulation au sein de l’Union Européenne.

Le climat est tendu depuis que l’Italie a délivré des permis de séjour aux milliers de tunisiens débarqués sur les côtes italiennes, leur ouvrant ainsi la porte des 24 autres pays de l’espace Schengen. En effet, le principe de liberté de circulation des personnes (art.3TUE) implique qu’une fois entré sur le territoire de l’un des pays membres, tout individu, qu’il soit ressortissant de l’UE ou d’un pays tiers, peut franchir les frontières d’un autre pays sans subir de contrôle.

Ainsi, les citoyens tunisiens obtenant un permis de séjour en Italie sont libres de se rendre dans n’importe quel Etat signataire, comme la France, ou de nombreux tunisiens souhaitent s’installer. Reprochant le manque de solidarité des Etats membres face aux questions migratoires du sud, l’Italie a décidé de se servir des accords de Schengen pour impliquer davantage ses voisins et ainsi rompre son isolement. Bien que l’on puisse critiquer la manœuvre italienne qui consiste à utiliser des dispositions législatives pour servir son intérêt propre, l’attitude de la France n’est pas plus louable puisque celle-ci a réagi en bloquant purement et simplement les trains à la frontière franco-italienne de Vintimille, remettant ainsi en cause Schengen et par là même, un – si ce n’est le – piller de la construction européenne.

Afin de régler le conflit qui oppose leurs deux pays, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi se sont réunis à l’occasion d’un sommet franco-italien au cours duquel ils ont rédigé une lettre commune à l’attention des Présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso, afin d’examiner la possibilité de rétablir provisoirement le contrôle aux frontières intérieures en raison de la situation migratoire actuelle en Méditerranée.

L’article 23 du code Schengen autorise les Etats membres à prendre exceptionnellement de telles dispositions en cas de menaces graves pour l’ordre public ou la sécurité intérieure du pays. Actuellement, la Commission européenne s’attelle à préciser les conditions dans lesquelles les Etats membres pourraient rétablir les contrôles aux frontières nationales. Quelle que soit l’issue de la situation, l’on retiendra qu’entre peur et solidarité, les Etats ont brandi la menace de la peur pour justifier la remise en cause de la libre circulation.

Audrey Houssière, Pour la Solidarité

14:18 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe

19/04/2011

Un nouvel élan européen pour les Services Sociaux d’Intérêt Général

Cahier 27_SSIG_400px.jpg

Ces dernières années, le débat sur les services sociaux d’intérêt général (SSIG) a fait l’objet d’une vaste réflexion à l’échelle européenne sur la définition-même des services publics et plus particulièrement sur la place réservée aux systèmes de protection sociale en Europe. En considérant la diversité de ces derniers dans leurs déclinaisons nationales, nombreux ont été les écueils sur ce dossier pourtant majeur de la construction européenne.

Le débat a été d’autant plus sensible qu’il émergeait dans un contexte de libéralisation des services sur le marché européen. Cette situation a souvent renvoyé à des craintes – justifiées – des Européens quant à une réduction du périmètre de l’Etat social à l’échelle des 27.

La pomme de la discorde portait en effet sur la question de l’application à ces services des règles communautaires relatives au marché intérieur et à la concurrence. Un enjeu de première importance donc en ces temps de morosité économique, tandis que les services publics demeurent les principaux amortisseurs sociaux – particulièrement en période de crise – et un vecteur de cohésion sociale et territoriale à l’intérieur des Etats-membres.

Il aura fallu près de 6 ans pour que la Commission aborde cette question de fond que constitue la reconnaissance des spécificités des SSIG et pour que ces derniers puissent bénéficier d’un traitement spécifique les excluant des règles de libre-concurrence.

Un pas a cependant été récemment franchi le 23 mars dernier. La Commission publiait en effet une communication relative aux règles communautaires en matière d’aides d’Etat permettant de reconnaitre la spécificité des SSIG dans le droit communautaire, à savoir leur dimension universelle, inclusive et de cohésion, et par là même de les voir exclus du champ d’application de la directive services. La Commission s’est prononcée en faveur d’une approche mesurée et différenciée qui tienne compte de la nature des services et des prestataires.

Jusqu’à la récente communication de la Commission, un manque évident de clarté dans la définition des services économiques d’intérêt général (SIEG) laissait les pouvoirs publics libres d’interpréter leurs prérogatives quant aux SSIG, selon une logique d’économie de marché. Le risque d’un tel vide juridique : un effritement progressif de la norme des services sociaux, tant en termes de qualité que d’accessibilité, en basculant d’une logique de conventionnement à une logique de contractualisation, néfaste à l’économie sociale et solidaire.

Cette réforme devra désormais figurer dans le nouveau paquet proposé par la Commission, en matière d’aides d’Etat et devra être reprise à l’unisson par le Parlement et le Conseil. L’évolution du dossier mérite ainsi toute notre attention, et nous ne manquerons pas de vous en tenir informés. Pour l’heure, réjouissons-nous de cette initiative.

Tristan Bahier, Pour La Solidarité

Plus d'info:

  • Les services publics et leur insécurité juridique étaient au cœur des préoccupations des prestataires de services de l’économie sociale et solidaire, s’exprimant notamment au travers du « manifeste européen pour une nouvelle approche de l'UE sur les services sociaux d'intérêt général » rédigé par l’UNIOPPS et le labo ESS, auquel Pour la Solidarité avait apporté sa signature.

09:42 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

07/04/2011

Roms : l’intégration par l’école ?

Par_CG94_photos.jpgLa Commission européenne a présenté ce mardi 5 mars sa feuille de route pour l’intégration de la plus grande minorité ethnique européenne. Si la responsabilité repose in fine sur les Etats membres, l’attitude des Roms eux-mêmes pèse également dans l’équation. Aussi, l’Europe parie-t-elle sur l’éducation.

 

 

Les Roms, terme générique pour regrouper diverses communautés, représentent entre 10 et 12 millions de personnes en Europe, dont la plupart sont des citoyens européens à part entière. La situation socio-économique de ces groupes ne cesse de préoccuper les Etats membres, d’autant qu’une certaine résurgence d’attitudes xénophobes, notamment en Hongrie, n’allègent pas les perspectives d’inclusion pour ces populations déjà victimes de discriminations importantes sur le marché du travail.

 

 

Afin de lutter contre la paupérisation des Roms et de réduire les écarts par rapport au reste de la population, en termes d’accès au marché du travail, à l’éducation ou à un logement décent, la Commissaire européenne chargée de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, Viviane Reding, entend améliorer la scolarisation de cette communauté, dont plus d’un tiers est âgé de moins de 15 ans. « Si nous voulons résoudre le problème pour la génération suivante, la génération actuelle d’enfants Roms doit aller à l’école » affirme Viviane Reding, avant d’ajouter que la tâche s’annonce ardue car, actuellement, moins de la moitié des jeunes Roms terminent l’école primaire (alors que la moyenne Européenne est de 97%).

 

 

Il y a donc du pain sur la planche, surtout pour les pays à forte présence Rom comme la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la France,... France qui, justement, est un peu à l’origine de la mise à l’agenda européen de cette préoccupation pour les Roms. En effet, ses mesures sécuritaires contre des camps de Roms avaient suscité l’émoi l’été passé et mené à une confrontation directe avec la Commission. L’on pourra regretter qu’il ait fallu attendre de telles extrémités pour agir !

 

 

Les mesures concrètes de cette feuille de route devraient être adoptées le 24 juin prochain à Bruxelles. A suivre...

 

 

Céline Brandeleer, Pour la Solidarité

17:44 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)