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29/09/2011

La taxe sur les transactions financières : bientôt une réalité européenne ?

4111211837_a3a6f7e255_b.jpgUn vent d’espoir et de justice souffle sur le Vieux Continent avec la possibilité d’application de l’idée du prix Nobel d’économie James Tobin qui, dans les années 70, voulait instaurer une taxe sur les transactions financières.

C’est désormais la Commission européenne qui est aux avant-postes sur ce sujet en adoptant ce mercredi une proposition de taxe sur les transactions financières.

Annoncé par son président, José Manuel Barroso, cette taxe appliquée à l’Union Européenne permettrait de rapporter 55 milliards d’euros (minimum) annuellement. Cette contribution du secteur financier permettrait, enfin, de légitimer les aides et autres garanties qu’il a perçu jusqu’à présent (pas moins de 4 500 milliards d’euros sur les trois dernières années) pour sortir de la crise.

Un autre effet attendu de cette taxe est de décourager les transactions risquées. Allant de 0.1% sur les actions et obligations jusqu’à 0.01%  sur les autres produits financiers (portant principalement sur les dérivés et produits structurés), les institutions financières (Bourses, banques, etc.) seraient chargées de récolter les fonds dégagés par cette taxe.

Applicable aux institutions européennes, mais également à celles possédant une autorisation d’agir sur les marchés européens, une moitié de cette somme serait destinée à alimenter le budget de l’Union européenne, tandis que l’autre partie serait réservée aux Etats membres.

Et maintenant ?

Malgré cette victoire pour ceux qui défendaient l’idée d’une telle taxe, comme notamment les députés Verts au Parlement européen[1], une autre étape est primordiale : l’acceptation par les Etats membres.

Comme le dirait le député Vert Pascal Canfin, au cours d’une interview au Nouvel Observateur, « la balle est désormais dans le camp des Etats ». Notamment sur les questions fiscales où un accord à l’unanimité est requis. Tout le monde ne prend cependant pas avec enthousiasme l’arrivée d’une telle taxe.

En ligne de mire, les britanniques qui, au travers de la City, apparaissent comme les opposants principaux à cette taxe. Mais rien n’est garanti car l’opposition politique au gouvernement de David Cameron, couplée avec une opinion publique sous austérité par le sauvetage des banques, peut augmenter la pression et faire changer les choses.

Le couple franco-allemand, ainsi que le président de la Commission, doivent pouvoir convaincre les anglais – non pas qu’un veto empêcherait l’application de cette taxe prévue pour 2014 (car en cas de refus cette proposition pourrait être adoptée uniquement dans la zone euro), mais l’apogée de cette taxe sur les transactions financières se trouve au niveau mondial. Et Sarkozy, actuellement président du G20, pourrait parler au nom des 27 pays de l’Union européenne, et pas seulement des 17 de la Zone Euro, lors du prochain somment à Cannes, en Novembre, pour tenter de convaincre, entre autres,  ses homologues chinois et américains.

Yoann Zaouche, Pour la Solidarité



[1] Pour une politique fiscale européenne, Le temps des choix et des responsabilités, par Pascal Canfin, Sven Giegold, Eva Joly, Philippe Lamberts, députés Verts au Parlement européen, juillet 2011, disponible sur http://europeecologie.eu/Pour-une-politique-fiscale

14:13 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2011

Des écoles gérées par les parents au Royaume-Uni : petite révolution ou initiatives condamnées à l’échec?

LigneMotsPhrase.jpgMercredi, 7 septembre 2011, une des premières « écoles libres »  ou « Free School » ouvre ses portesà Londres, 24 autres suivront encore cette année dans tout le pays.  Ecole libre, mais de quoi parle-t-on?  

Il s’agit d’une école qui – pour le cas du Royaume Uni – n’est ni publique (state school), ni privée (public school), ni confessionnelle, mais subventionnée par l’Etat et gérée par un comité… de parents d’élèves! Ce sont eux qui décident du programme scolaire, de la taille des classes ou de qui intègrera l’école. Mais pourquoi ces parents investissent-ils tant de temps et d’efforts – entre 30 et 60 heures par semaine, soit un deuxième emploi à plein temps – dans la création d’une nouvelle forme d’éducation alors que le pays propose déjà plusieurs types différents ?

Le fait est que les écoles publiques font depuis longtemps l’objet de critiques : le manque de moyens et de personnel dans certaines régions ne permet pas d’apporter un encadrement adapté aux élèves. De plus, les parents sont tenus d'inscrire leur enfant dans l’école publique la plus proche de leur domicile. Dans ces conditions, les parents qui désirent un meilleur encadrement pour leur enfant choisissent une école privée. Or, ce type d’écoles n’est pas accessible à tous, les écoles privées restant réservées aux plus aisés. Par ailleurs, beaucoup de parents ne souhaitent pas que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux. Que faire alors quand l’Etat et le marché échouent à mettre en place un système éducatif répondant aux besoins d’un groupe croissant depuis des années ?

Des parents et des enseignants engagés formulent une réponse en mettant en place des écoles accessibles à tous, gratuitement, avec de petites classes et un programme scolaire adapté. Révolutionnaire, certes, mais révolution douteuse selon certains : ces écoles seraient des enclaves de la classe moyenne éduquée et non un nouveau système scolaire accessible à tous comme le revendiquent ses défenseurs. Elles aggraveraient la situation des écoles publiques en diminuant la mixité sociale et  diminuant leurs moyens, qui seront en partie réaffectés aux écoles libres. Enfin, est-ce que des amateurs en matière d’éducation peuvent vraiment savoir ce qui est le mieux pour les enfants, quel programme scolaire mettre en place et quels enseignants choisir ?  

Les fondateurs restent confiants en dépit des critiques. Si les élèves qui fréquentent les premières écoles libres ne sont pas encore représentatifs de la population locale, ce n’est pas dû au procédé de sélection : 50% des candidatures sont retenues en raison de la proximité du domicile et 50% par tirage au sort. Par ailleurs, le fait que les moyens alloués aux écoles libres seront amputés aux écoles publiques est contesté : selon les fondateurs, si ces nouvelles écoles sont inaugurées, c’est qu’il en manque. Quant à l’aspect « amateuriste » du projet – là encore, ce n’est pas tout à fait vrai : les parents ont collaboré avec d’autres instituts d’éducation, ont reçu l’aide et le soutien d’enseignants et surtout, ils ne sont pas partis de rien : le modèle des écoles libres existe déjà depuis longtemps dans d’autres pays européens, comme la Suède ou l’Allemagne. S’il faudra encore attendre au moins cinq ans pour juger des résultats au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne, ce système a déjà beaucoup de succès et n’est en rien inférieur au système dit traditionnel. Preuve que l’engagement citoyen paye et constitue clairement une alternative à des politiques parfois trop étriquées.

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

Pour plus d’informations sur les écoles libres  au Royaume Uni, regardez la vidéo de promotion sur You Tube

Pour plus d’informations sur les écoles libres en Allemagne et en Suède : http://newschoolsnetwork.org/international-examples/swedi...

http://www.eudec.org/

14:00 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

05/08/2011

Un an après le discours de Grenoble, la situation des Roms en France est alarmante

4008246815_37f24507e8_z.jpgLe 30 juillet 2010 dans son discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy a fait du démantèlement des campements de Roms une priorité nationale. La circulaire du ministre de l’Intérieur, traduction juridique du discours, a entraîné la colère de l’Union et les critiques de la communauté internationale. En effet, la Commission européenne a menacé la France d’une procédure d’infraction, pour mauvaise transposition de la directive européenne 2004/38/EC, qui codifie la liberté de circulation et de séjour dans l’Union, et pour son application discriminatoire. La circulaire était effectivement dirigée explicitement vers les Roms. En outre, la politique d’expulsion des Roms va à l’encontre de la liberté fondamentale de circulation et de séjour des citoyens européens à l’intérieur de l’UE. Les Roms migrants en France viennent majoritairement de Roumanie (90%), ils sont donc des citoyens de l’UE depuis 2007 et bénéficient de la liberté de circulation et de séjour, avec des mesures de restriction transitoires. Face à la menace de Bruxelles, la France a changé les termes de la circulaire, mais les expulsions continuent et un renforcement est prévu pour cet été ...

Le gouvernement se targue, en effet, de 9000 expulsions et du démantèlement de ¾ des campements Roms. Néanmoins, les associations affirment que le nombre de Roms sur le territoire reste stable, à hauteur de 15 000, puisqu’ils reviennent rapidement, fuyant leurs conditions de vie en Roumanie. La politique d’expulsion n’a fait qu’aggraver la précarité des Roms en France.

Un an après cette polémique, Médecins du Monde dresse un bilan alarmant de la situation, dans son rapport du 26 juillet 2011. Les Roms vivent à la périphérie des villes françaises dans des bidonvilles ou des squats, dans des caravanes délabrées ou dans des cabanes faites de matériaux récupérés. Les conditions sanitaires y sont déplorables : pas d’eau potable, de ramassage des ordures, ni de toilettes,... Les risques épidémiques sont très élevés mais aussi les risques liés directement aux conditions d’habitat (incendie, risque d’effondrement, intoxication au plomb,…). La précarité des Roms s’aggrave avec les expulsions répétées : perte des documents officiels et des effets personnels due au changement de lieux de vie dans l’urgence, insalubrité, surpopulation, destruction des campements,… Les Roms vivent dans la peur constante d’une expulsion et sont souvent victimes de pressions ou d’intimidations policières. Les indicateurs de santé sont loin d’être bons et cela serait directement lié à la politique d’expulsion, selon Médecins du Monde. Les droits des Roms en termes de santé sont restreints, d’autant que l’Aide Médicale d’Etat est devenue payante en 2010, freinant encore plus leur accès aux soins.

Le collectif Romeurope ajoute qu’aucune intégration n’est possible sans une ouverture du marché du travail, mais également sans la scolarisation des enfants, le travail social, le suivi des soins,... Voilà tout le paradoxe de cette politique d’expulsion qui entraîne des conséquences humaines déplorables et un coût financier non négligeable, alors que les Roms reviennent sur le territoire puisqu’ils peuvent circuler librement.

La Commission européenne a adopté en avril 2011 un cadre européen pour l’intégration des Roms basé sur quatre piliers fondamentaux : l’éducation, l’emploi, la santé et le logement. Les Etats doivent présenter une « stratégie nationale d’intégration des Roms » d’ici la fin de l’année. Reste à voir ce que la France proposera pour l’intégration des Roms migrants …

Marine Hurard, Pour la Solidarité

Pour en savoir plus…

Rapport de Médecins du Monde « Parias, les Roms en France » (juillet 2011)

Rapport du collectif Romeurope sur la situation des Roms migrants en France (2009-2010) 

16:43 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2011

L’Effet DSK

image002.jpgLa mise en détention de l’ancien directeur du Fonds Monétaire International entraîne avec lui des turbulences dans un mois de mai déjà bien chargé en actualités internationales.

Outre l’image des hommes de pouvoir, une nouvelle fois écorchée, c’est tout un monde qui se trouve plongé dans le doute suite à cette affaire.

Tout d’abord la France : cette redistribution imprévue des cartes sur l’échiquier politique a moralement affaibli le Parti Socialiste qui valse entre réserve et devoir d’unité. Les circonstances de la perte de leur « champion » ont dégradé la façade d’un parti qui doit désormais passer outre cet espoir brisé et se concentrer sur le rêve présidentiel de 2012.

L’absence de Dominique Strauss-Kahn s’est également faite ressentir lors de la réunion du 16 mai de l’Eurogroupe à Bruxelles. Nemat Shafik, remplaçant DSK lors de cette réunion, ne possède malheureusement ni les compétences, ni les relations de son prédécesseur pour faire émerger des consensus entre les Ministres des finances de la zone euro.

En effet, un désaccord semble émerger quant à la marche à suivre pour le plan de sauvetage de la Grèce, alors que le risque d’attaques spéculatives de la part des marchés augmente. Si le trio UE-FMI-BCE (la Banque Centrale Européenne qui voit d’ailleurs aussi son président sur le départ) ne s’accorde pas pour réunir les 60 milliards d’euros supplémentaires aux 110 milliards de l’an dernier, cela risque de conduire à une situation incontrôlable, dont les conséquences seront certainement néfastes pour la République hellénique, et pour l’Union Européenne dans son ensemble.

Outre son rôle déterminant dans l’élaboration d’un consensus européen sur le plan de sauvetage de la Grèce, l’ancien Ministre français de l’économie a également impulsé l’obtention d’accords internationaux, par exemple, sur la réforme du système monétaire international ou l’excès d’épargne/d’endettement. A cet égard, un « capitaine fédérateur » à l’image de DSK permettait de garder le cap en ces temps de turbulences. En effet, suite à la crise financière qui a ébranlé l’économie mondiale, la communauté internationale a plus que jamais besoin d’une nouvelle direction pour assurer une croissance « forte, équilibrée et durable ».

Or, la démission de DSK impacte l’organisation du FMI, qui s’enquiert désormais à lui trouver un successeur. La tâche s’annonce complexe car le numéro 2 actuel, John Lipsky, en plus de ne pas vouloir reconduire son mandat, ne fait pas l’unanimité au sein des Etats membres de l’institution. Des désaccords sur l’identité du successeur potentiel commencent déjà naître : tandis que les Européens souhaitent conserver l’un des leurs à la tête de l’institution, les pays en développement estiment également être capables de diriger l’une des plus imposantes structures internationales, sans compter les voix s’élevant pour la nomination d’une femme au sommet, dans une optique de diversité.

DSK avait réussi à redorer le blason du FMI, en le rendant bénéficiaire (chose qui n’allait pas de soit lorsqu’il en a hérité), et défendait des orientations chères aux pays défavorisés. Son successeur en fera-t-il de même ? La réponse doit être positive, au risque de perdre ce fragile consensus mondial qui doit faire avancer les 187 Etats membres du FMI dans la même direction.

Yoann Zaouche, Pour la Solidarité


 

11:11 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe

11/05/2011

Une nouvelle voix pour l’illettrisme

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Est considérée comme illettrée une personne ayant bénéficié d'apprentissages, mais n'ayant pas acquis, ou perdu, la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'illettrisme est à distinguer de l'analphabétisme qui résulte, quant à lui, d'une absence d'apprentissage. Cette distinction est essentielle : en effet, bien qu’aujourd’hui la majorité des Européens ait accès à l’école, l’illettrisme n’est, pour autant, toujours pas éradiqué en Europe. Loin de là… Ainsi, dans l’Union européenne, chaque année, 20% des jeunes sortent de l’école sans avoir acquis le socle minimum de connaissances nécessaires pour s’intégrer dans la vie sociale et dans le travail et 80 des 500 millions de citoyens européens ont du mal à lire et à écrire.

L’illettrisme engendre pauvreté et exclusion sociale. Les études PISA menées en Europe sont alarmantes : elles révèlent que le nombre – déjà élevé – de jeunes accusant de faibles compétences en lecture est en constante augmentation. De 21.3% en 2000, il est passé à 24.1% en 2006. Les instances européennes ne peuvent rester sourdes à cette dégradation qui met en péril la cohésion de nos sociétés.

A titre d’exemple, dans 15 ans, seuls 15% des emplois seront des emplois peu qualifiés, ce qui aggravera encore l’exclusion des personnes illettrées. De manière générale, une population peu qualifiée est moins productive, ce qui nuit à la compétitivité et donc à la croissance de l’Europe, pourtant objectif n°1 de la Stratégie Europe 2020. Pour poursuivre son objectif de croissance intelligente, durable et surtout inclusive, il est donc indispensable que l’UE donne une définition européenne de l’illettrisme et s’empare de ce fléau, en investissant tant dans la formation des plus jeunes que celle des adultes.

Il s’agit de donner aux citoyens européens la possibilité de trouver un emploi et de jouer un rôle actif dans la société mais aussi de réduire les inégalités sociales dans des domaines aussi divers que la santé publique, la participation électorale et la vie associative, autant de domaines dont la participation est souvent corrélée au niveau d’instruction de la population.

En février 2010, le Comité des Régions a adopté à l’unanimité un Avis sur le thème «Faire reculer l’illettrisme – Penser une stratégie européenne ambitieuse pour prévenir l’exclusion et promouvoir l’épanouissement personnel ». Un an plus tard, en février 2011, un groupe d’experts indépendants a été mandaté par la Commission afin de « tracer des pistes pour relever le niveau d’alphabétisation ». Ce groupe doit rendre ses conclusions à la Commissaire européenne chargée des questions d’éducation, Androulla Vassiliou qui en rendra compte fin 2012 en Conseil des ministres.

Si les études s’accordent sur la pertinence de l’échelon local pour remédier au problème, la reconnaissance et la mise en place d’une stratégie européenne sont également nécessaires. Cela permettrait d’accroître la coopération au sein de l’UE grâce au financement de projets transnationaux par la Commission européenne. L’objectif étant de réunir et d’échanger des bonnes pratiques qui visent à soutenir les personnes qui souffrent d’illettrisme. Il est également urgent d’inscrire la lutte contre l’illettrisme dans les orientations stratégiques qui régissent le Fonds Social Européen afin de soutenir les initiatives publiques et privées de formation aux salariés souffrant d’illettrisme.

En somme, les initiatives ne manquent pas : il reste à les concrétiser mais également à leur assurer une plus grande visibilité.

Audrey Houssière, Pour la Solidarité

16:43 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe