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17/01/2012

L’Europe à l’heure danoise : quelle direction donner en pleine tempête ?

 logo-presidence-danoise-ue-2012.jpgAlors que l’Euro fête ses 10 ans sur fond de morosité ambiante, le petit Royaume du Danemark s’apprête à affronter sa septième présidence du Conseil de l’UE. Pendant que l’Europe se déchire sur l’avenir de la zone euro, c’est à Copenhague, où l’on paie en couronnes, que revient la responsabilité  de renforcer la coopération européenne, trop souvent contournée par des négociations intergouvernementales, faute de blocages.

 Pour ce faire, le Danemark propose 4 priorités d’action pour un contrôle budgétaire et une coopération économique renforcés, ainsi qu’une relance économique forte. A ce propos, notons surtout l’objectif d’une relance durable de la croissance, notamment au travers de l’efficacité énergétique et les emplois verts qu’elle va créer.


1. Une Europe responsable

 L’Europe est en crise. Crise de la dette, crise de l’Euro, crise des négociations sur l’avenir de l’Union. Mais le jeune gouvernement danois de centre gauche (exception dans le paysage politique européen) ne se laisse pas désarmer par l’ampleur des défis qui l’attend et entend fermement jouer le rôle de trait d’union entre les pays de la zone euro et les autres Etats membres, afin que de nouvelles règles communes de gouvernance économique soient adoptées, notamment par la mise en œuvre du fameux « six pack » et de sa règle d’or (pas de déficit public au dessus de 3%). Confiance et croissance, tels sont les maîtres mots de Copenhague, qui promouvra toutes les réformes nécessaires pour prévenir de nouvelles crises.


2. Une Europe dynamique

Le retour de la croissance, élément fondamental de sortie de crise, le Danemark entend le stimuler au travers d’un approfondissement du marché unique, l’innovation, l’harmonisation du marché digital et la facilitation de la mobilité des travailleurs. Le marché unique est en effet l’un des acquis les plus précieux de l’Union et doit servir avant tout aux entreprises et aux personnes, afin de conserver le dynamisme impulsé par sa création.


3. Une Europe verte

Les ambitions affichées par l’Europe en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques n’ont que trop rarement été concrétisés par des actions réelles. A l’heure du bilan du premier sommet de la terre à Rio, le Danemark compte bien saisir l’opportunité offerte par les mesures d’efficacité énergétique et des emplois verts qu’elles peuvent générer. Pour Copenhague, il s’agit là d’un moyen de relancer la croissance et de créer de nouveaux emplois tout en préservant l’environnement. L’équation paraît tellement bonne que la Ministre danoise de l’environnement souhaite rendre les mesures de réduction de consommation énergétique contraignantes, poussant par là les entreprises à gagner en compétitivité et en productivité. En d’autres termes, « chaque euro dépensé dans l’efficacité énergétique assurera des emplois européens », soutien le Ministre du climat, de l’énergie et de la construction Martin Lidegaard.


4. Une Europe sûre.

Enfin, le Danemark, connu pour sa politique d’immigration stricte, travaillera à la mise en place d’un véritable système d’asile commun et au renforcement de l’espace Schengen, mis sous tension par les flux migratoires consécutifs au  printemps arabe.


En conclusion,  Copenhague s’apprête à prendre les rênes de l’Union en pleine tempête, et les défis à relever sont nombreux. L’on peut d’ores et déjà saluer la mise en exergue des mesures d’efficacité énergétique et la création d’emplois verts comme moteurs de la relance économique, mais il faudra être attentif à ce que ces difficultés structurelles qui secouent l’Union ne la poussent pas au repli rassurant d’une Europe forteresse, ni à la désintégration pure et simple de son unité. Bien sûr, la sortie de crise ne dépend pas que de ce petit Royaume, mais sa capacité de médiation sera certainement déterminante.


Céline Brandeleer, Pour la Solidarité

11:23 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

02/12/2011

E(U)quilibrium

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Dans le monde tel que nous le vivons actuellement, l’économie virtuelle, faite de spéculation financières et d’échanges monétaires, pèserait 3200 milliards de dollars par jour… contre 50 milliards « seulement » pour la valeur de ce qui est produit dans le même temps par l’économie réelle[1], celle des services rendus et des besoins satisfaits, des biens produits, des créations d’emplois, de valeur sociale ou environnementale.

Le découpage entre économie réelle et économie virtuelle peut être discuté et discutable, la finance pouvant par exemple contribuer au  PIB d’un pays. La partie spéculative de l’activité économique (la finance et la bourse) n’en reste pas moins pointée du doigt par de nombreux « experts  renommés » ou « quidams inconnus » dans l’explication du contexte international actuel, symbolisé par la crise des « dettes souveraines ».

La question que l’on est en droit de se poser est alors « mais d’où viennent ces dettes souveraines aux montants indécents ? ». De nombreux travaux sur le mécanisme de création monétaire ainsi que sur le principe d’usure, désignant l’intérêt d’un prêt au taux abusif, ont tenté d’exposer ce fonctionnement au grand jour[2]. Mais parler d’économie n’est pas une mince affaire et l’attention quelquefois relativement volatile.

A l’heure où l’Europe semble prise au piège dans un cercle vicieux « dettes-crédits-taux d’intérêts-dettes » qui semble sans fin, les chefs d’Etats allemand et français manifestent pour une modification des traités qui devrait allouer aux autorités européennes davantage de pouvoir pour intervenir dans les budgets nationaux des pays de la zone euro. Pour certains, la réticence des Allemands à utiliser la Banque Centrale Européenne (en tant que prêteur en dernier ressort ou qu'intermédiaire pour que les Etats membres puissent transférer de l'argent à la zone euro par le biais du Fonds monétaire international), s'envolerait après la modification du traité.

Cette soudaine volonté de modifier les traités en vigueur dans la zone euro, ainsi que d’utiliser la BCE et le FMI comme « bailleurs de fonds », nous renvoie à deux articles « succincts », mais lourds de conséquences, du Traité de Maastricht (article 104) et du traité de Lisbonne (article 123). Ces deux articles, identiques, stipulent que « 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette est également interdite » [3].

En clair, les Etats signataires s’interdisent de se financer directement à taux zéro auprès de leur banque centrale ou de la BCE. Ils sont obligés de s’adresser aux banques privées qui leur proposent les taux qu’elles décident tout en se finançant actuellement elles-mêmes à un taux quasi nul auprès de la BCE. Nul besoin d’être champion du « troc » pour voir l’anomalie.

Pour la plupart des pays concernés par la crise actuelle, le montant global total de leur dette souveraine est composé à plus de 90 % des intérêts cumulés au fil des années. Faites le calcul. Le serpent, gavé, ne peut bientôt plus se mordre la queue. Gavé et en crise d’indigestion (voir d’autogestion), il est au bord de l’implosion.

Nicolas Maurice-Demourioux, Pour La Solidarité



[1] Patrick Viveret, Reconsidérer la Richesse (2002)

[2] Etienne Chouard, préface de La dette publique, une affaire rentable : À qui profite le système (2008)

[3] Version consolidée du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (Journal officiel de l'Union européenne n° C-115 du 9 mai 2008)

15:01 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crise économique

17/10/2011

L’avenir du partenariat Europe-Ukraine se jouera-t-il en justice ?

4422689410_a306fdee77_m.jpgLa signature d’un accord d’association avec l’Ukraine est prévue pour fin 2011. Les négociations ayant commencé en 2008, l’Ukraine semblait être une valeur sûre et tout particulièrement après les affirmations du Président Ianoukovitch, selon lesquelles l'avenir du pays se construirait avec l’Europe. De plus, le pays s’était empressé de souligner qu’il ne ferait pas partie d’une « Union Eurasienne », telle qu’évoquée par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, la semaine passée.

Cependant, depuis mardi dernier les relations sont plus tendues. Le jugement contre Iulia Timochenko a remis en cause les accords précédents. Déclarée coupable d’abus de pouvoir, l’ancienne Premier ministre ukrainienne a été condamnée  à 7 ans de prison. Ce jugement a engendré de fortes critiques en Europe, notamment de la part de la Haute Représentante pour les Affaires Etrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, qui estime que le procès n’était que justice sélective. Pour cause en effet, l’on peut partir du principe que Ianoukovitch a surtout cherché à éloigner sa rivale de longue date, dans un procès qui – bien que conforme aux lois nationales – n’était marqué ni par la transparence ni par l’impartialité. Pourtant, malgré de fortes critiques, une ligne commune dans les politiques européennes manque à  nouveau, pour plusieurs raisons.

Si le personnage de Iulia Timochenko peut être contesté à plusieurs niveaux, personnes d’oserait critiquer ses efforts pour un rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne. Cependant, l’Union hésite à renforcer ses liens avec un pays qui semble glisser lentement vers la dictature et où la justice est politisée voire partiale. Un tel rapprochement minerait, en effet, les valeurs que représente l’Union, dont les plus emblématiques sont justement la démocratie et le respect des Droits humains. Mais l’Union peut-elle réellement se permettre de sanctionner ce partenaire et de ne plus poursuivre les négociations sur l’accord l’association... au risque de le perdre et d’éventuellement le voir se rapprocher de la Russie ?

Une réconciliation qui ne ferait perdre la face  à personne et éviterait l’affrontement parait uniquement possible si l’appel de Timochenko trouve une autre issue que le jugement initial. Sujet qui ne sera certainement pas un tabou entre le Président de la commission, José Manuel Barroso, et le Président ukrainien, lors de sa visite à Bruxelles prévue pour le 20 octobre. 

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

12:16 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

Une Union européenne à géométrie variable?

3296189440_f172eeee62.jpgAprès la présentation du dossier de l’état de la lutte contre la corruption et la criminalité organisée en juin dernier, la Bulgarie et la Roumanie avaient des espérances justifiées de finalement adhérer à l’espace Schengen. Car, si ces pays sont membres de l’Union Européenne depuis janvier 2007, leur adhésion à l’espace Schengen est continuellement reportée par les autres Etats membres. Suite à une situation judiciaire instable dans ces deux pays, certains Etats européens craignent une « importation » de la criminalité.

Le mécanisme de coopération et de vérification mis en place par l’UE pour analyser les progrès fait par les deux pays dans la réforme de leur système judiciaire, la lutte contre la criminalité organisée et la corruption aurait maintenant, trois mois plus tard, favorisé une adhésion car aucun danger réel qu’engendrerait une ouverture des frontières n’a pu être démontré, affirment les diplomates. Pourtant, déjà avant la réunion des ministres de l’intérieur le 22 septembre, qui devaient voter l’adhésion à unanimité, les Pays-Bas ont fait savoir qu’ils ne donneraient pas leur accord. Le compromis suivant proposé par la présidence polonaise – prévoyant une ouverture des frontières en deux temps, soit d’abord l’ouverture des voies aériennes et maritimes et, en un deuxième temps, les voies terrestres – n’a pas non plus pu gagner le consentement nécessaire.

Ce nouveau rejet provoque la frustration de la Roumanie et de la Bulgarie. Bien que la Roumanie confirme qu’il n’y ait pas de rapport avec la question d’adhésion, il est difficile de croire qu’il n’y ait pas de relation avec le blocage à la frontière roumaine de plusieurs camions néerlandais chargés de tulipes, suite à une contamination d’une « bactérie » non-spécifiée. Et la Bulgarie s’arme comme elle peut, en expliquant que suite à un tel traitement, le pays devra réfléchir s’il donnera son accord à la reforme de Schengen avancée par l’Italie et la France.

La présidence polonaise reproche vivement le manque de solidarité et de volonté évident d’avancer ensemble en tant qu’Union. Effectivement, les Etats membres préfèrent s’emparer des courants eurosceptiques au sein de leur pays – du moins jusqu’aux prochaines élections, pour la France en mai 2012, par exemple. Il reste donc à voir alors si le prochain sommet européen cet octobre mènera à une intégration de la Roumanie et de la Bulgarie dans la zone Schengen ou si les intérêts nationaux primeront à nouveau sur la solidarité européenne. 

Miriam Gouverneur, Pour la Solidarité

11:23 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)

30/09/2011

Quel avenir pour l’Europe ?

4594647621_756bfdb854_b.jpgPresque deux années après la frénésie qui suivit l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, l’Union est à nouveau plongée dans une crise profonde.  Quelles solutions à la crise de la dette ? Est-ce la fin de l’Euro ? Le projet européen est-il en péril ? Tant de questions qui font la Une de nombreux articles aux quatre coins de l’Europe...

Pourtant, des phénomènes similaires se sont déjà produits auparavant : c’est bien connu, après avoir lancé le projet européen après la Deuxième Guerre Mondiale pour garantir la paix sur le continent, l’Union européenne s’est progressivement construite sur fond de crises. Bien entendu, la crise économique et financière actuelle est subordonnée à des logiques que l’Union européenne ne peut contrôler seule (spéculateurs, agences de notation, etc.) et son ampleur est sans précédent.

Alors que le Traité de Lisbonne était perçu comme une révolution, tant au niveau institutionnel qu’au niveau des compétences de l’Union, il est très clair aujourd’hui que ces avancées ne suffisent pas pour faire face à la crise qui saisit l’Eurozone et la crise de confiance majeure qui l’accompagne. La création de deux nouveaux postes (Président permanent du Conseil européen et Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité) n’a pas eu jusqu’à présent les effets escomptés. L’UE, au grand dam d’Henry Kissinger, ne parle toujours pas d’une seule voix... qui serait pourtant utile pour coordonner les réponses à la crise actuelle.

Dans ce contexte, les espoirs de voir un jour un Président unique pour la Commission européenne et le Conseil européen se multiplient. Et il faut admettre que l’idée n’est ni stupide, ni impossible car le Traité de Lisbonne n’interdit pas formellement une telle possibilité (en fonction de l’interprétation qu’on lui donne).

Même si Herman Van Rompuy a mené à bien les tâches qui lui ont été assignées, il est évident qu’aujourd’hui plus que jamais, les orientations de l’Union sont subordonnées aux volontés souvent égoïstes des Etats membres (le débat sur le cadre financier pluriannuel ou sur l’adhésion de la Bulgarie et la Roumanie dans l’Espace Schengen en sont un bon exemple), portées par l’institutionnalisation du Conseil européen. Ce phénomène a eu pour conséquence directe un effet d’emballement caractérisé par une montée plus systématique de certaines problématiques européennes au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, réduisant à néant les ambitions du Parlement européen qui avait vu ses pouvoirs s’accroître considérablement.

La crise financière et économique actuelle présage une nouvelle révision des Traités, qui serait une opportunité à saisir pour faire le pas en avant nécessaire vers une Europe plus fédérale, sans doute la seule solution pour contrer ce genre de crises à l’avenir.

Fanny Cools, Pour la Solidarité

14:50 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0)