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01/04/2011

Austérité ou solidarité?

par alles-schlumpf.jpgSparpaket, manovra, austeridad, rigueur. Quels que soient le terme et la langue choisis, les européens se trouvent aujourd’hui confrontés à une même réalité : face à une faible croissance économique, à un chômage élevé et à une crise des finances publiques, l’austérité budgétaire s’est érigée en unique solution. Et si une autre voie était possible ?

L’Union Européenne a été fondée sur l’idée d’un marché commun soumis à quatre libertés fondamentales (libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux). Afin de favoriser la création d’un marché unique, l’Union a édicté de règles strictes de concurrence qui fit de l’idée d’une concurrence libre et non faussée un objectif à atteindre. Cette compétition entre agents économiques favorise l’innovation et le pouvoir d’achat en affectant les prix à la baisse. Mais le concept même de compétition sous-tend qu’il existe quelques gagnants et de nombreux perdants. Elle contraint donc les acteurs, entreprises ou États, à se spécialiser dans les secteurs dans lesquels ils possèdent un avantage comparatif qui leur permet de se distinguer de leurs compétiteurs.

Par définition, la concurrence signifie que tous ne peuvent être déclarés gagnants. Elle s’accompagne donc généralement de disparités entre les régions gagnantes et perdantes. En 2007, la croissance italienne se situait à 0,7% ; celle du Portugal à 0,8% alors que l’Estonie et la Lettonie affichaient respectivement des taux de croissance de l’ordre de 9,4% et 10,6%.[1] À l’intérieur d’un État, certains mécanismes existent pour contrebalancer les effets pervers d’une concurrence pure.

Des modèles à suivre ?

En s’inspirant de pays tels le Canada, la Suède ou le Danemark, les dirigeants européens ont misé sur l’austérité budgétaire afin de rassurer les marchés, de freiner la spéculation qui pousse les taux d’intérêts sur les dettes à la hausse et de relancer la croissance à moyen terme. Mais cette vision peut s’avérer a contrario néfaste pour l’économie et manque clairement d’ambition. Paul Krugman, prix Nobel d’économie, note que la situation des pays cités en exemple pour le succès de leur politique d’austérité diffère largement de ce qui existe présentement dans la zone euro.[2] Le Canada par exemple, qui a connu une longue période de prospérité économique après avoir éliminé un déficit de 9% du PIB en 4 ans, a surtout bénéficié d’une baisse marquée des taux d’intérêts, d’une dévaluation de sa monnaie et d’une croissance intérieure et extérieure favorisant ses exportations, notamment vers son voisin américain. Dans la zone euro, les taux d’intérêts sont à un plancher historique. La monnaie commune empêche une dévaluation compétitive, et une austérité imposée à l’ensemble des pays de l’Union empêchera les pays de profiter de la consommation intérieure de leurs partenaires européens à travers des exportations.

L’assainissement des finances publiques tant défendu par certains politiques européens contraint les pays européens à augmenter leurs revenus ou à diminuer leurs dépenses : la deuxième méthode est souvent privilégiée. La France a ainsi pris la décision lors de la préparation de son budget 2011 de supprimer 16 000 postes dans l’éducation nationale, dont près de 9 000 postes dans l’enseignement primaire et 5 000 dans les collèges et lycées. Par ailleurs, le déficit structurel de certains États s’est accru au cours des dernières années en raison de choix politiques contestables. La progressivité de l’impôt en France a été diminuée, le nombre de tranches d’imposition passant de 12 en 1993 à 5 aujourd’hui[3] et les baisses d’impôt successives ont fait disparaître des ressources financières que les gouvernements tentent aujourd’hui de récupérer par des coupes budgétaires dans des domaines tels l’éducation.

Des solutions nécessairement solidaires

Quelles solutions donc pour ramener la croissance en Europe et assainir les finances publiques, sachant que l’austérité seule et généralisée n’y parviendra pas ? Les nécessaires mécanismes de redistribution de la richesse dans la zone euro sont pratiquement inexistants. L’Union Européenne ne disposant pas d’un véritable budget comparable à celui d’un État, elle ne peut influer par une politique budgétaire sur les dommages que crée la concurrence. La convergence fiscale étant faible, les États se livrent à une concurrence non-coopérative depuis plusieurs années en tentant de réduire certains impôts, notamment ceux qui pèsent sur les facteurs les plus mobiles (le capital et les entreprises) afin d’attirer ces facteurs sur leur territoire. La fiscalité tend donc à être plus régressive et plus lourde sur des facteurs immobiles tels la consommation, pourtant moteur de l’économie de la plupart des pays d’Europe, notamment la France et l’Espagne.

Une plus grande solidarité financière et budgétaire au niveau de l’Union ne serait pas qu’une réponse fondée sur de bons sentiments humanistes ou un moyen pour les cigales d’abuser du travail des fourmis, mais elle constituerait un moyen crédible de répondre et de prévenir des chocs asymétriques. Les pays de la zone euro sont soumis à la même monnaie et donc à la même politique monétaire alors qu’ils possèdent des économies disparates et répondent donc de façon distincte à une même politique monétaire. La baisse des taux d’intérêt qui s’est produite avec l’introduction de l’euro a stimulé l’emprunt et l’endettement, alimentant la bulle spéculative dans le secteur de la construction en Espagne alors que ces même faibles taux ont permis à l’Allemagne de sortir d’une période de stagnation économique. À l’instar des mécanismes intra-étatiques qui répartissent la richesse, une harmonisation fiscale ou un impôt européen permettant de financer des investissements européens équilibrerait les économies du vieux continent. Au niveau national, des investissements – et non des coupes budgétaires – dans les domaines porteurs d’avenir (recherche et développement, santé, éducation, efficacité énergétique) sont une nécessité. L’Europe démontre chaque jour les conséquences perverses d’une concurrence pure et simple. La solidarité apparaît aujourd’hui comme le seul moyen d’en limiter les conséquences.

Dave François, Pour la Solidarité



[1] Eurostat, taux de croissance annuel du PIB réel, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=1&language=fr&pcode=tsieb020

[2] http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/06/18/fiscal-fantasies-2/

[3] http://www.monde-diplomatique.fr/mav/99/PIRONET/16842

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