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07.05.2012

Le rose vous va si bien !

Copie de Sans titre5.jpgLa victoire du socialiste français François Hollande augure un certain rééquilibrage politique en Europe. Jusqu’à l’avènement du nouveau président français, les chefs (d’Etat et) de gouvernement socialistes ou sociaux-démocrates se comptaient sur les doigts d’une seule main : le Belge Di Rupo, l’Autrichien Frayman, la Danoise Thorning-Schmidt et le Slovaque Fico. C’est dire si la gauche européenne attendait, impatiemment, la victoire du socialiste français. A cette victoire historique pour la gauche française, viennent s’ajouter les résultats des élections législatives en Grèce et en Serbie, qui sont venues conclure ce « Super Sunday »[1]électorale crucial pour l’avenir de l’Europe.

Un président sous pressions

Les premiers sommets européens et internationaux vont bientôt découvrir ce candidat que beaucoup attendent de pied ferme. Sans patienter jusque-là, François Hollande va devoir engager une véritable course contre la montre dans une Europe encore malade de ses dettes. Avec un double objectif : donner des gages aux marchés, tout en réorientant la gestion de la crise dans l'espoir d'adoucir l'austérité exigée par la Chancelière allemande.

Le climat risque d'être d'autant plus incertain que les législatives en Grèce ont vu la percée des partis d’extrême droite, opposés au programme de rigueur signé par le gouvernement sortant avec ses bailleurs de fonds internationaux, la zone euro, et le Fonds monétaire international (FMI). A ses futurs homologues, le candidat socialiste français a répété sa volonté de renégocier le pacte budgétaire signé en mars par vingt-cinq pays à l'initiative d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy. S'il ne conteste pas la discipline imposée par le traité, François Hollande entend lui adjoindre un volet "croissance".

Pour "réorienter" la construction européenne, François Hollande pourra compter sur le soutien de ceux qui attendaient discrètement son élection pour contrecarrer le leadership allemand dans le pilotage de la crise. Parmi eux se trouvent le Britannique David Cameron, et surtout Mario Monti, le Président du conseil italien, deux hommes avec qui François Hollande s'est également entretenu au téléphone dimanche soir. Les résultats des élections en France et en Grèce "imposent une réflexion sur la politique européenne"[2], a fait savoir l'Italien : "Il est fondamental que l'Europe adopte d'urgence des politiques concrètes pour la croissance."[3]

Vague rose, virage à gauche ou rééquilibrage ?

Le 17 mars dernier, plusieurs leaders politiques européens avaient exprimé leur espoir qu’une victoire de François Hollande aurait un effet d’entraînement ailleurs en Europe - à commencer par l’Allemagne et l’Italie, où se tiendront des élections législatives en 2013. "Ce sera la confirmation qu’une autre voie existe"[4], estimait Pierluigi Bersani, chef de la gauche italienne, avant d’ajouter : "cher François, à vous de faire le premier pas." Hollande lui-même avait affirmé que son éventuelle victoire devait "permettre une alternance en France et lever une espérance en Europe (...) Si le mouvement se lève en France, il sera irréversible dans toute l’Europe, en Allemagne d’abord, en Italie ensuite et dans d’autres pays."[5]

Mais entre le souhait de l’émergence d’une vague rose - qui ferait basculer le centre de gravité politique d’une Union européenne où la droite conservatrice et libérale se taille toujours la part du lion, et la possible réalité, il y a de la marge. D’abord parce que certains Etats membres de l’Union, le Royaume-Uni et la Pologne pour ne parler que de deux "poids lourds", restent ancrés à droite. Mais aussi parce que dans d’autres, comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, les gouvernements socialistes ont été balayés par la crise de la dette.

Aussi les regards de la gauche se tournent-ils vers l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas. Dans la première, les intentions de vote en faveur du SPD progressent, mais restent loin derrière celles des chrétiens-démocrates de la Chancelière Merkel, dont la popularité ne se dément pas. En Italie, Mario Monti a déjà indiqué qu’il ne poursuivrait pas sa mission de chef d’un gouvernement de techniciens au-delà des législatives de 2013. Mais, comme aux Pays-Bas, où la coalition entre les libéraux et les chrétiens-démocrates est démissionnaire, l’issue des scrutins à venir reste incertaine.

Ce jour restera gravé dans les mémoires, car le premier pas est fait. Reste à savoir si les deux piliers mis en avant par le nouveau Président français, la Justice (sociale, écologique et économique) et la Jeunesse, occuperont enfin la place et le rôle qu’ils méritent dans une Europe en transition !

 

Nicolas Maurice-Demourioux, Pour la Solidarité


[1] « L'Europe face à trois scrutins cruciaux ce dimanche », article d’Euractiv, 07/05/2012.

[2] « Croissance : les partenaires européens de M. Hollande veulent négocier vite », article du journal Le Monde, Philippe Ricard, 07/05/2012.

[3] Ibid

[4] « L’Union est un peu plus à gauche », article du journal La Libre Belgique, Olivier Le Bussy, 07/05/2012.

[5] Ibid

02.05.2012

La précarité des travailleurs... un mal qui peut toucher chacun d’entre nous

10696419.jpgNos emplois sont-ils encore décents? A-t-on encore une certaine sécurité d’emploi? Selon Guy Standing, professeur d’économie, il faut plutôt répondre par la négative à ces questions. Dans son récent livre, « The Precariat – The New Dangerous Class », il explique l’émergence d’une nouvelle classe de travailleurs à travers le monde se trouvant dans une situation de précarité, cumulant des emplois à court terme, tout en étant de moins en moins épaulés par la protection sociale.

Lors du Forum organisé par l’European Trade Union Institute le 27 avril dernier, Guy Standing a eu l’occasion d’expliciter les propos tenus dans son ouvrage, qu’il résume en cinq questions :

Qu’est-ce que le « précariat » ?

Ce terme désigne le fruit d’une évolution qui a mené les personnes à accepter de travailler sans sécurité ni certitude quant à leur avenir. Ces personnes constituent petit à petit une nouvelle classe, créée de toute pièce par la forme de capitalisme actuelle. Cette nouvelle classe en devenir est très hétérogène car elle concerne tant les personnes âgées qui tombent dans la précarité et ne savent plus se projeter dans l’avenir, que les jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emploi. Mais ces personnes partagent des points communs importants, comme l’absence d’identité professionnelle, de sentiment d’appartenance à la société ou de vision de l’avenir.

Pourquoi s’en préoccuper ?

Il est important, selon Guy Standing, d’attaquer ce « nouveau mal » car il peut toucher chacun d’entre nous ou nos proches. Il dénombre d’ailleurs quatre caractéristiques propres au précariat, auxquelles de nombreuses personnes peuvent s’identifier. Tout d’abord l’anxiété, la peur qu’une simple erreur de parcours puisse faire flancher tout un avenir professionnel. Ensuite l’impossibilité d’envisager son existence sur le long terme, faute de ne pas pouvoir identifier des moyens pour s’en sortir. Enfin le découragement et le sentiment de colère.

Pourquoi ce phénomène est-il en pleine expansion ?

Avec la mondialisation, les travailleurs ont vu le marché du travail, puis leur salaire et finalement leurs fonctions et leur carrière devenir de plus en plus flexibles, avec de moins en moins de sécurité. Ces tendances semblent aujourd’hui atteindre leur paroxysme... Toujours d’après Guy Standing, le système éducatif est lui aussi gangréné car les études coûtent de plus en plus cher pour moins en moins de chances de faire carrière.

Qui est concerné par la précarité ?

Toute personne risque de se trouver un jour dans cette situation, mais les jeunes, les femmes ou encore les personnes handicapées sont tout particulièrement touchés.

Où tout cela nous mène-t-il ?

Ce climat d’insécurité peut être propice au développement de tendances politiques néofascistes. Cependant, il convient d’être prudent. Guy Standing se veut optimiste et pense que les personnes s’indigneront davantage contre ce système et s’organiseront pour réagir. Celles-ci devront alors se battre pour une reconnaissance de la précarité, pour une certaine représentation de celle-ci dans les agences sociales et autres organes publics et pour une redistribution de la sécurité, du temps, de l’espace et bien sûr du capital financier.

Une nouvelle classe telle que décrite par Guy Standing se développera-t-elle ? Les mouvements comme « Occupy Wall Street » verront-ils le jour à l’échelle mondiale et feront-ils changer les choses ? Le mouvement des indignés amorce-t-il une nouvelle « lutte des classes » ? Ou s’agit-il seulement de faire sortir Marx du placard ? Une chose est sûre en tout cas, le débat sur la qualité de nos emplois et la dignité des nos vies est loin d’être clos !

Elise Dubetz, Pour la Solidarité

27.04.2012

Une relance pour l’emploi ?

3246111473_c2b91bee4d.jpgEn proposant le 18 avril dernier son Paquet pour l’emploi[1], la Commission européenne a répondu à une attente générale, puisqu’il s’inscrit dans un contexte global d’austérité budgétaire et de hausse du chômage. La Commission y privilégie la création d’emplois liés à la demande et suggère aux États membres des « solutions  propres à encourager l’embauche, telles que la réduction de la pression fiscale sur le travail ou l’octroi d’aides à la création d’entreprises. Par ailleurs, elle recense les secteurs offrant le plus de possibilités de création d’emplois : l’économie verte, les services de santé et les technologies de l’information et de la communication. »[2]       


La création d’un grand marché du travail européen grâce à la gouvernance et à la coordination

Ce faisant, la Commission souhaite créer un marché du travail européen à part entière en améliorant la mobilité de la main d’œuvre d’une part, et en renforçant l’adéquation entre la demande et l’offre de travail d’autre part. La Commission entend de faire du portail de recherche d’emplois EURES un outil de placement et de recrutement transnational. Enfin, elle souhaite renforcer la coordination et la surveillance des politiques de l’emploi sur le modèle de la gouvernance économique de l’UE. L’idée est d’associer également les partenaires sociaux européens et nationaux à l’élaboration des politiques de l’emploi, ce qui réjouit la plupart des acteurs concernés, tels que la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et Business Europe. La Commission rappelle qu’il est important de faire intervenir des instruments de financement européens pour aider les initiatives et les réformes entreprises par les États membres.


Un accent renouvelé sur la qualité et la décence du travail

Ce Paquet s’intéresse aussi à la qualité des emplois créés (en référence à la Stratégie Europe 2020), aux conditions de travail (1/5e des travailleurs souffrent de mal-être au travail[3]) et propose aussi qu’un minimum salarial soit garanti dans chaque État membre afin d’empêcher que le phénomène des travailleurs pauvres ne se développe, mais refuse néanmoins l’idée d’un salaire minimum européen commun. Elle propose également une consultation publique sur une charte qualité pour les stages. Ces dernières mesures ont été accueillies avec succès, c’est par exemple le cas de Karima Delli, eurodéputée vert : « Il semble que la Commission ait tiré les leçons des erreurs passées. Ainsi, je constate les frémissements d’un glissement idéologique, avec la mise en avant de solutions de type keynésien (attention portée à la demande et non plus uniquement à l’offre...), voire écologistes (…). Après des années de déni, la Commission reconnaît enfin explicitement que l’emploi seul ne suffit pas à sortir de la pauvreté. Elle propose avec raison de créer des dispositifs de salaires minimaux en Europe. L’Allemagne est donc prise pour cible, puisqu’elle a choisi de bloquer les salaires, s’engageant dans une logique de compétitivité non-coopérative vis-à-vis de ses partenaires européens, et en en faisant payer le prix à ses millions de travailleurs pauvres. »[4]


Un Paquet de « bonnes intentions » qui présente quelques incohérences critiquées

Toutefois, il est reproché à la Commission de rester dans les « bonnes intentions » : ce Paquet n’est pas contraignant juridiquement et si la règle de l’autorité budgétaire continue de dominer le jeu politique européen, la récession risque de s’aggraver et le chômage de s’accroître[5]. Bernadette Ségol, Secrétaire générale de la CES a déclaré : « Notre première réaction est qu’il (le Paquet) n’est pas à la hauteur du défi du chômage en Europe qui touche aujourd’hui 24,5 millions de personnes. (…) Sans une remise en cause de l’austérité et un plan européen d’investissement, l’UE n’atteindra pas ses objectifs. » Il y a une certaine hypocrisie dans le discours de la Commission quand elle essaye de recycler des « recettes anciennes et dépassées comme la flexisécurité » tout en recommandant l’austérité d’après la CES[6].

Par ailleurs, les écologistes pensent que le salaire minimum ne suffit pas, qu’il faudrait mettre en place un « bouclier social européen » en intégrant des critères sociaux contraignants, parallèles aux règles budgétaires. D’après Karima Delli, « il faut sortir des "mesurettes" (…), en remettant en cause le libre-échange généralisé. Au sein de l’UE, il faut harmoniser les droits sociaux et les conditions de travail vers le haut pour en finir avec le dumping social ».

Une autre déception est celle du manque de référence au rôle des PME dans la création d’emplois, ainsi que le peu d’engagement concret en matière d’éducation, de formation professionnelle et d’apprentissage basé sur le travail, selon Andrea Benassi, secrétaire général de l’UEAPME (L’Union européenne de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises)[7]. Enfin, l’eurodéputé Csaba Öry, du PPE, a exprimé ses doutes quant au financement des mesures proposées par le Paquet : « Ces mesures peuvent fonctionner dans les États membres qui ont déjà entamé des réformes des marchés du travail. Mais ce sera plus compliqué pour les États membres qui sont confrontés à des difficultés. »[8]

Le Paquet pour l’emploi sera discuté avec les États membres durant la grande conférence sur l’emploi en septembre 2012[9]. D’ici là, les recommandations et propositions des différents stakeholders sauront peut-être se faire entendre.


Ariane Roller, Pour la Solidarité.


[1] Communiqué de presse de la Commission européenne du 18/04/2012, site de la Commission européenne : http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=I..., consulté le 24/04/2012.

[2]Site de la Commission européenne, DG affaires sociales, emploi et inclusion, http://ec.europa.eu/social/main.jsp?langId=fr&catId=8..., consulté le 24/04/2012.

[3] Site des ONG européennes du secteur social http://www.socialplatform.org/News.asp?DocID=29866#, consulté le 24/04/2012.

[5] Site de la CES http://www.etuc.org/a/9891, consulté le 24/04/2012.

[6]Ibid.

[8] Ibid.

[9] Site http://www.socialplatform.org/News.asp?DocID=29850#, consulté le 24/04/2012.

04.04.2012

L’initiative citoyenne est arrivée !

sticker_fr.pngDepuis dimanche 1er Avril minuit, l’initiative citoyenne européenne (ICE) est lancée avec la création du site internet permettant de recueillir les initiatives et propositions citoyennes.

 

Prévu par le traité de Lisbonne[i], l’entrée en vigueur de ce nouvel outil a été repoussée pour laisser le temps aux Etats membres de se préparer. Aujourd’hui, c’est officiel, un million de citoyens européens provenant d’au moins 7 pays de l’Union pourront proposer un acte législatif à la Commission. L’initiative est présentée par les Institutions européennes comme une avancée significative vers plus de démocratie et de participation des citoyens. Il est vrai que la crise a quelque peu érodé la confiance des européens dans leurs institutions, comme l’a encore démontré le faible taux de participation aux dernières élections européennes de 2009.[ii]

 

Le 30 mars dernier, une conférence conjointe du Comité des Régions et du Comité Economique et Social européen célébrait le lancement de l’ICE. C’était l’occasion pour la société civile et les représentants des instances locales et régionales de faire entendre leur voix.

 

Pourtant malgré toute l’effervescence qui entoure le lancement de l’ICE, il faut tout de même noter quelques limites. Réunir un million de signatures provenant de 7 Etats membres représente une logistique énorme, des compétences (techniques et linguistiques) importantes et un temps considérable. Tout ceci a un coût qui peut paraître prohibitif. De plus, le processus entre la collecte des signatures et la décision formelle de la Commission de donner suivi ou non à la proposition s’étale sur 18 mois. Après seulement s’enclenche la procédure législative normale menant à l’adoption d’un acte législatif. La collecte des données elle-même pose problème. En effet, afin d’assurer la sécurité des informations, l’UE demande à ce que les signataires fournissent certaines données personnelles, comme leur numéro de passeport, ce qui peut être un frein à la participation. L’enregistrement de l’ICE se fait uniquement par internet, qui peut aussi constituer un facteur d’inégalité. Enfin l’une des dérives possibles est que certaines structures se spécialisent dans la gestion des ICE, les privant ainsi de leur caractère proprement citoyen.

 

Malgré ces premiers défauts l’ICE n’en est qu’à ses débuts et les premières initiatives, qui devraient parvenir sous peu à la Commission, permettront de modifier la trajectoire initiale d’un acte législatif. L’initiative citoyenne européenne a au moins le mérite de proposer au citoyen une participation directe au processus décisionnel de l’UE, devenu davantage intergouvernemental, au fur et à mesure de la crise économique. Il faut noter qu’il s’agit également d’une première mondiale. En effet, il n’existe nulle part ailleurs d’outil de démocratie participative transnational. Laissons donc le temps à l’innovation de faire ses preuves !

 

Antoine Gallais, Pour la Solidarité


[i] Article 11 paragraphe 4 du traité sur l’Union européenne

[ii] La participation sur l’ensemble de 27 Etats membres était de 43,1%. http://www.touteleurope.eu/index.php?id=3673

 

06.03.2012

Un Sommet sans complications

 5751296074_037303d1c5_b.jpg« La crise n'est pas terminée, mais cette réunion n'est pas une réunion de crise », a déclaré le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen[1]. Un sommet « sans heurts » a ainsi eu lieu en fin de semaine dernière à Bruxelles, il n’a pas abordé les questions épineuses, dans la mesure où les dirigeants souhaitaient véhiculer l'image d'une Europe qui a franchi une étape dans sa crise de la dette, qui dure maintenant depuis deux ans.

Les dirigeants ont donc parlé de la croissance, se sont félicités d'avoir à nouveau nommé Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil européen et ont également accordé à la Serbie le statut de candidat à l’UE. Vendredi, ils ont aussi et surtout signé un nouveau traité portant sur un pacte budgétaire, souhaité par l'Allemagne, dans le but de renforcer la discipline budgétaire dans la zone euro.


Obstacles pour le nouveau traité sur le pacte budgétaire

Les dirigeants de 25 Etats membres ont signé le traité sur un pacte budgétaire pour mettre en application des règles plus strictes en matière de réduction du déficit et de la dette. Deux obstacles de taille se dressent cependant sur la route de ce nouveau traité :

- L'Irlande a annoncé cette semaine qu'elle soumettrait ce traité à un référendum, alors que le pays souffre d'une contraction économique difficile et qu'il est sous le coup d'un programme de renflouement de l'UE et du FMI[2].

- La France fait sans doute l'objet de doutes encore plus importants. En effet, le candidat socialiste aux présidentielles, François Hollande, a promis de renégocier le traité pour y ajouter des mesures en faveur de la croissance si, comme les sondages le laissent penser, il vainc le président conservateur Nicolas Sarkozy, lors du scrutin en mai prochain[3].

 
L'injection de liquidités de la BCE permet de gagner du temps

Après que la BCE ait injecté 530 milliards d'euros de liquidités bon marché à trois ans dans le système bancaire européen, les rendements obligataires italiens à 10 ans ont chuté en dessous de la barre des 5 % pour la première fois depuis le mois d'août dernier. Les rendements espagnols ont également chuté et les futures sur le Bund allemand, des valeurs refuges, ont enregistré un repli, ce qui montre que les investisseurs ont à nouveau l'appétit du risque[4].

Les économistes ont expliqué que l'injection massive de liquidités opérée par la BCE avait permis de faire gagner du temps à la zone euro, mais qu'elle ne résoudrait pas les problèmes de l'Union. Pour ce faire, les Etats membres périphériques devront revenir à la croissance et stimuler leur compétitivité. Il faudra retrouver l'équilibre entre les Etats forts et ceux malheureusement plus faibles[5]. Sans un retour à la croissance, plusieurs pays européens risquent d'entrer dans la même spirale de dépression que la Grèce.


Le début d’un effort commun poussif mais nécessaire

Le président du Conseil européen fraîchement réélu, Herman Van Rompuy, a déclaré dans un document préparé en amont du sommet que les pays dans la ligne de mire des marchés devraient poursuivre leurs mesures de consolidation budgétaire, mais que les autres devraient utiliser la marge de manœuvre dont ils disposent sur le plan budgétaire pour stimuler la demande et lutter contre la stagnation économique[6]. Les Etats membres auraient donc tout intérêt à utiliser ce « répits » pour formuler des mesures concrètes pour relancer la croissance et l’emploi.

Le nouveau traité sur la discipline budgétaire, combiné à l’injection de liquidités dans le système bancaire européen, ne peuvent à eux seuls enrayer la crise de l'euro et, bien que les dirigeants européens reparlent de la croissance, les projets actuels se révèlent pour l’instant insuffisants[7]. De plus, un traité centré sur la seule diminution de la dette publique, alors que la dette privée est plus lourde, est susceptible de passer à côté des difficultés du processus de désendettement.

La crise a mis en lumière tout ce qui a manqué, ou qui n’a pas été suffisamment développé jusqu’ici, pour accompagner l’euro, à savoir : des politiques communes de formation, d’emploi, d’industrie et de cohésion renforcée, une intensification des modes d’intégration existants, des synergies entre budgets nationaux et un véritable budget communautaire, etc. Les mesures actuelles sur les contraintes budgétaires seront-elles accompagnées par une réflexion plus globale sur la nécessité de développer, enfin, de véritables stratégies communes autour de ces thématiques pourtant centrales pour le futur de l’économie européenne ?

Prochaines étapes : 

  • D'ici fin mars : l'UE révisera les plafonds de prêts de ses deux fonds de sauvetage, le FESF et son successeur, le MES.
  • 22 avril : premier tour des élections présidentielles en France.
  • 6 mai : résultats des élections présidentielles françaises.
  • Mai-juin : référendum en Irlande sur le pacte budgétaire. 
  • 28-29 juin : prochain sommet de l'UE.

 
Nicolas Maurice-Demourioux, Pour La Solidarité


[1] Sources Euractiv, « Le sommet européen devrait éviter les questions épineuses », publié 01 mars 2012.

[2] Sources Euractiv, « 25 dirigeants européens signent le traité sur le pacte budgétaire », publié 02 mars 2012.

[3] Sources Euractiv, « Le pacte budgétaire fait débat dans la campagne présidentielle française », publié 05 mars 2012.

[4]Sources Euractiv, « L'UE lutte pour trouver un équilibre entre austérité et croissance », publié 02 mars 2012.

[5] Ibid.

[6] EUCO 38/12, PRESSE 87, PR PCE 31, 1 mars 2012.

[7] Sources Euractiv, « Un traité pour rien ou le début mal conçu d’un effort nécessaire? », publié le 7 février 2012.